Peut-être que « l’habit des électeurs de l’ABI » saura inciter ces politiciens, actuels et futurs, à trouver la clef qui déverrouillera la porte du lock-out.

L’ ABI ne fait pas le moine…

Il y aura bientôt 60 ans, le 13 février 1949, à Asbestos, alors capitale québécoise de l’amiante, les mineurs déclenchaient une grève illégale.

S’il y a une grève qui a marqué la mémoire collective du Québec et du Canada tout entier, c’est bien cette grève des 5000 travailleurs de la Canadian Johns-Manville Limited.

Pourquoi? Deux pôles de contradiction dans la société québécoise s’opposaient alors: celui du prolétariat industriel à celui de la bourgeoisie. Aussi parce que l’éclatement ouvert de la lutte de classes engendrait un conflit entre l’Église, défendant un modèle de société communautaire, et l’État, assurant l’équilibre de la société industrielle capitaliste.

Ainsi, parce que personne ne se doutait qu’elle donnerait lieu à un mouvement de solidarité et de générosité sans précédent; quatre mois plus tard, les mineurs «minaient»!

Le 11 janvier 2018, les dirigeants de l’Aluminerie de Bécancour Inc. annonçaient, à plus de 1000 travailleurs, l’imposition d’un lock-out. Plus de sept mois se sont écoulés et rien ne laisse croire à la résolution du conflit à court terme.

Le 2 mai 2018, l’Université du Québec à Trois-Rivières informait ses 445 professeurs qu’elle leur imposait un lock-out. À peine deux semaines plus tard, la sanction était levée.

Pourquoi le lock-out à l’UQTR a été de courte durée alors que celui de l’ABI se prolonge?

Le Syndicat des professeurs n’est pas demeuré les bras croisés face à cette hypocrite action; il a judicieusement et rapidement invité les victimes à fusionner leurs intérêts; un contre tous, alors tous contre un. Un recours collectif? So… So… So!

Un «syndicalisme renouvelé» venait de naître. Afin de contrer le patronat judiciarisé et son «Service de la gestion des pénalités», la «défense des intérêts collectifs» créait «l’Union»! Cette solidarité entre «professeurs-chercheurs-étudiants-employés-juristes» a rapidement mis fin au lock-out.

Les professeurs n’ont pas attendu le bonhomme 7 heures pour réagir; 14 jours plus tard, les portes de la «cage aux profs» étaient débarrées par les « gardiens du zoo-savoir»!

Évidemment, la «parodie uqutérienne des portes barrées», le «sournois lockout», ne pouvait pas s’éterniser; les cadres de l’institution ne pouvaient pas accomplir toutes les tâches d’enseignement de tous les cours et toutes les recherches en cours!

Terminé donc le dépôt de multiples griefs individuels; un recours collectif pouvait s’avérer beaucoup plus efficace en matière de droit et de moralité.

Terminées aussi ces factures des services juridiques externes, commandés par le conseil d’administration de l’Université, qui depuis quelques années explosent. Comme celui d’Hydro-Québec, avec 5700 % d’augmentation des honoraires d’avocats externes au cours de la dernière année, l’UQTR semble s’inspirer de la même tendance.

Mais… à l’ABI… plus de sept mois en lock-out: pourquoi le conflit n’est-il pas encore réglé?

Sans vouloir reconstituer les étapes qui ont incité les dirigeants de l’ABI à imposer un lock-out; au-delà du rappel des événements, voyons ce que nous croyons une des causes probables et les conséquences d’une si «grave punition primitive».

Une cause?
Les rapports réciproques entre les ouvriers et la compagnie sont biaisés; les employés-cadres de l’entreprise peuvent (et ils le font… volontairement ou sous la pression des dirigeants?) se substituer aux travailleurs. L’habit ne fait pas le moine pour autant!

Voilà exposée la «tumeur cancérigène» de l’ABI; en matière de relations de travail et de protection sociale, on n’a qu’à penser à la loi, décrétée en 1977, qui interdit d’embaucher des briseurs de grève. L’ABI ne fait pas le moine; elle détruit plutôt le patrimoine!

Une conséquence?
Ces patrons, lors du retour au travail des employés, vont diriger ces travailleurs qu’ils ont «remplacés» pendant des mois… la cravate va serrer!

Une solution?
«Rambotiser» les troupes? Cela est illégal et coûte cher à tous.

La stratégie du piquetage n’est guère mieux: désuète, primitive et inefficace! La loi interdit la présence de plus de 15 employés sur la ligne de piquetage; la Compagnie profite de la situation pour diviser afin de régner davantage!

Inutile donc de s’exprimer en sous-groupes «d’épouvantails à moineaux» à l’entrée de l’Entreprise qui méprise ses employés; plus personne ne porte attention à leur présence de sentinelle immobile.

Prier pour une intervention divine de «Lévesque», toucher «Dubois» pour la chance… mieux vaut commander à «St-Hubert» d’intervenir pour combler leur appétit d’un retour au travail!

Démontrer au peuple leur existence et se tenir debout serait plus efficace; l’Union fait la force! Rénover les actions de la représentation syndicale de demain en étant imaginatifs, créatifs et évolutifs, pourrait davantage aider la cause.

Par exemple, si tous portaient un tee-shirt jaune citron», affichant une maxime de circonstance, et se «présentaient pacifiquement» à toutes les assemblées électorales des partis politiques, notamment celles des candidats libéraux qui expriment une certaine nonchalance à l’égard de la situation dramatique des employés de l’ABI, cela serait une grandiose démonstration d’unification et de visibilité nationale pour eux.

Plusieurs élus seront rouges, d’autres verront bleu et, devant cette volée de bois vert, tous riront jaune! Peut-être alors «l’habit des électeurs de l’ABI» saura inciter ces politiciens, actuels et futurs, à trouver la clef qui déverrouillera la porte du lock-out ?

Un contre tous? Alors, tous contre un !

Jean Paquette

Trois-Rivières