Je suis déçue de mon université

Je suis déçue de mon université, de ses étudiants et de mon pays d’accueil.

Je suis étudiante au doctorat en psychoéducation. Mon travail consiste à défendre les droits des personnes en situation de handicap et c’est avec un sentiment des plus amers que j’ai vécu les événements récents.

Le 15 mai dernier, nous avons eu l’assemblée générale de notre association générale des étudiants. Nous étions 110 étudiants présents, sur 10 400 étudiants, soit 1 %. Première déception, mais où sommes-nous?

Le 15 mai, nous avons amené une proposition qui invitait l’AGE à prendre le parti des professeurs dans le conflit qui les opposent à la direction. Cette proposition a été battue à 53 contre 50, et 7 abstentions.

Trois arguments principaux ont été apportés pour battre la proposition.

D’abord, la crainte d’avoir le CA de l’UQTR à dos. Mais ne l’avons-nous pas déjà à dos, ce CA? Ce CA qui ne se préoccupe pas des soutenances de thèses annulées, des étudiants étrangers qui peuvent perdre leur permis d’études et se voir renvoyés dans leurs pays, des bourses qui ne seront pas reçues à temps, des projets de recherche qui n’avancent pas...

Deuxièmement, la crainte que les profs se mettent en grève. Êtes-vous allés leur parler aux profs? Moi j’y suis allée et je leur ai demandé. Les profs voulaient retourner au travail, ils étaient même en faveur d’une loi spéciale.

Enfin, l’idée selon laquelle il n’est pas de notre devoir de nous immiscer dans un conflit de travail qui ne nous regarde pas. Qui ne nous regarde pas? Nous sommes au cœur du conflit! Il fallait bouger!

Lors de l’assemblée générale, nous avons voté contre prendre le parti des profs. En revanche nous avons voté pour prendre position contre le lock-out et contre les coupes gouvernementales dans l’enseignement supérieur. Quelle position passive! Nous avons voté des positions évidentes, des éléments dénoncés par tous.

Je suis venue au Québec car on m’a parlé d’un pays ouvert d’esprit, accueillant et à la pointe sur tout ce qui concerne l’humain. Deux ans et demi plus tard, je découvre un pays aux méthodes de management dictatoriales: lock-out, loi spéciale, tutelle. Je découvre un pays aux valeurs individualistes, aux convictions passives et à la réflexion émoussée.

Peut-être cherchons-nous à défendre une université qui a déjà failli à sa mission. À savoir, faire de nous des citoyens actifs et responsables, capables de sens critique.

Je ne serai pas fière d’obtenir mon diplôme de doctorat en 2019.

Coralie Sarrazin

Doctorante en psychoéducation

Université du Québec à Trois-Rivières