Je n’en peux plus de ces expressions fautives

Je n’en peux plus d’entendre les gens envoyer, donner, «leurs sympathies» aux personnes touchées par le décès d’un des leurs. Ce qui m’a fait bondir d’horreur ce fut d’entendre récemment, monsieur Justin Trudeau, premier ministre du Canada de surcroît, dire lors d’une courte intervention, via les médias d’information: «j’envoie mes sympathies à M. Duceppe et à sa famille, pour le décès de sa mère».

Il n’y a pas dans son entourage quelqu’un pour lui dire qu’on ne peut pas envoyer ou donner des sympathies, puisque LA SYMPATHIE, c’est un sentiment de bienveillance, une émotion, un état d’âme; ça ne se donne pas. C’est tellement plus simple, plus limpide de dire: «Je vous offre mes sincères CONDOLÉANCES» puisque ce mot englobe l’affliction, la douleur, le regret ressenti à l’occasion d’un deuil. À la suite de cela, nous pouvons également assurer les personnes touchées, de «notre vive sympathie» à leur égard.

Par ailleurs, M. Trudeau n’est pas le seul à qui nous pouvons reprocher de ne pas employer un langage clivé, sans nuances. Plusieurs personnes, employées de Radio-Canada ou autres stations médiatiques, font la même erreur. Comment se peut-il que personne ne les reprenne? Chaque fois je me dis que cela va cesser… mais non. Et je n’en peux plus d’entendre de la part de gens qui devraient avoir un certain respect de notre belle langue française, prononcer ces inepties.

Même chose concernant les officiants lors de funérailles. Ces prêtres qui se targuent d’avoir fait des études, qui vont nous dire et répéter «UNE FUNÉRAILLES»... Ce mot «funérailles» est au pluriel, tout comme le mot «condoléances». Il comprend aussi tout ce qui concerne la mort: embaumement ou incinération, exposition, cérémonie ou messe funèbre, etc.

Me viennent à l’esprit des mots employés dans une phrase d’Alphonse Daudet (Les lettres de mon moulin): «Il me versa deux doigts d’une liqueur verte, dorée, chaude, étincelante, exquise…» Quel choix des mots, précis, imagés. Quel crescendo! C’est ça notre belle langue française!

Réjeanne Matton

Shawinigan