Je me souviens...

Événement sentinelle: occurrence défavorable dans un établissement de santé qui sert de signal d’alerte et déclenche systématiquement une investigation et une analyse poussée. Exemple: le 5 octobre 2013, un événement sentinelle a lieu au département de psychiatrie au pavillon Sainte-Marie (CIUSSS-MCQ) pour une patiente qui était en code rouge.

Il y a certains mots et certaines expressions qui ne rendent pas justice à leur définition, qui cache un drame humain derrière leurs lettres, et «événement sentinelle» est l’un d’eux.

Le 23 septembre 2013, ma sœur Ginette Poisson, 58 ans, maman, ergothérapeute, formatrice et voyageuse passionnée, fait une tentative de suicide au département de psychiatrie avec des médicaments qu’elle avait achetés pendant un congé de fin de semaine. Le samedi 5 octobre 2013, le lendemain d’un énième report de traitement par électrochocs que ma sœur attendait, le téléphone sonne à la maison par un bel après-midi.

«Présentez-vous en psychiatrie, votre sœur vient de se suicider.».

Le choc. Les cris. Je suis seule à la maison, sans personne pour me soutenir, et je dois prendre mon courage à deux mains pour me rendre en urgence en psychiatrie au 3e étage pour réclamer le corps de ma sœur. Dans l’heure qui suit, je dois choisir une maison funéraire pour ma sœur de qui on me disait qu’elle était en sécurité et que sa tentative antérieure n’était pas sérieuse.

De cet «événement sentinelle», devant cette situation où nous étions dans le noir, notre famille s’est relevé les manches et a déposé plusieurs plaintes contre le CIUSSS-MCQ, qui a abouti par l’enquête publique du coroner en décembre 2015. Depuis, je n’ai plus de nouvelles sur le suivi des recommandations qui ont été faites.

Qui sait si les corridors de services sont maintenant en fonction pour aider ces patients en souffrance? Qui sait si les électrodes pour le traitement par électrochocs ne sont plus périmées? Qui sait si le personnel en place reçoit des formations adaptées au domaine de la psychiatrie? Qui sait si les familles sont maintenant rencontrées par les équipes multidisciplinaires en santé mentale pour les aider à comprendre la maladie de leur proche et savoir comment agir? Qui sait si les consignes sont expliquées aux familles lors de congé de week-end?

Bien que cette accumulation de «qui sait» ne puisse rien changer à ma réalité, j’espère que ces réponses soient positives pour toutes les familles qui accompagnent présentement un proche en psychiatrie. Je souhaite aussi au département de psychiatrie d’avoir su relever le défi de cet «événement sentinelle» du 5 octobre 2013.

Ginette aux grands yeux bleus, j’aurais tellement aimé que tu connaisses tes petits-enfants et les miens, qu’on ait pu les bercer ensemble. On t’aime et on t’aimera toujours: jamais on ne t’oubliera. Si tu as contribué à faire avancer d’un petit pas la qualité des soins psychiatriques, ce sera notre petite victoire. Nous sommes tes sentinelles en conservant ta flamme allumée.

Nicole Poisson, sœur de Ginette

Trois-Rivières