J’aime le communautaire!

On entre dans le communautaire par différentes voies. Certaines – parce que ce sont dans la très grande majorité des femmes qui y travaillent – y arrivent comme militantes ou comme utilisatrices des ressources. Elles se prennent au jeu de l’entraide et de la solidarité. Et s’engagent à leur tour dans l’organisation d’activités et d’actions jusqu’à en assumer la coordination. Certaines y arrivent après un parcours scolaire, collégial ou universitaire. Elles apportent une expertise théorique riche et nutritive qui doit parfois apprendre à s’accorder à l’imprévisibilité de la réalité et l’expérience empirique des femmes de terrain. Et puis, il y a celles qui empruntent des chemins de traverse et arrivent dans le communautaire un peu par hasard, en suivant le cours d’une recherche d’emploi. Elles y trouvent une occasion de mettre leur formation et leur expérience au service de leurs valeurs personnelles et sociales.

C’est mon cas. Plus jeune, j’ambitionnais une carrière universitaire qui n’a jamais trouvé l’aboutissement souhaité. J’avais à mon compte de l’expérience en enseignement et en recherche, du talent pour les communications et un militantisme social tardif quand on m’a approché pour coordonner les activités de l’Association des groupes d’éducation populaire autonome (AGEPA). J’avais surtout cette volonté de faire une différence dans ma collectivité et de contribuer à l’atteinte d’une meilleure justice sociale. Je voulais m’engager au mieux-être des femmes et des hommes avec lesquels je partage un territoire réel et idéalisé à travers lequel nous construisons nos existences et que nous remodelons chaque jour.

Un filet social fait de fibre humaine
Voilà la fibre dont sont faits les milieux communautaires. Une fibre humaine qui contribue à l’extension du filet de sécurité sociale que nous nous sommes donné collectivement. Oui. Le filet de sécurité sociale nous appartient bel et bien. Nous en cédons la gestion à l’État. Mais c’est nous qui le finançons avec nos contributions fiscales, par les impôts et les taxes que nous payons. Il nous appartient. Et il nous appartient de décider de la protection qu’il doit nous apporter. Les services publics (santé et éducation en tête) et les programmes sociaux (aide financière de dernier recours ou aux études, rentes, etc.) forment les mailles les plus visibles de ce filet de sécurité qui préserve la qualité de vie de chacun et chacune.

L’apport des milieux communautaires passe parfois inaperçu. Est-ce leur proximité qui les rend invisibles? Pourtant, ils contribuent directement au développement des collectivités locales et au mieux-être de leurs concitoyennes et concitoyens. De la vie à la mort, du premier au dernier souffle, des travailleuses, des travailleurs et des bénévoles offrent des services individuels ou collectifs pour accompagner, soulager, instruire, guider, défendre ceux et celles qui en ressentent les besoins. Des cours prénataux à la popote roulante, en passant par le soutien aux proches aidants, aux personnes les plus démunies, à ceux et celles qui souffrent de problèmes de santé mentale, de toxicomanie, de violences de toutes sortes, aux parents qui ont besoin de répit ou de nouveaux trucs pour éduquer leurs enfants, aux jeunes qui recherchent la compagnie d’autres jeunes ou qui ont besoin de faire le point sur leur vie.

Ce ne sont là que quelques exemples. Les différents organismes qui œuvrent dans ce secteur sont issus de leur milieu local et redonnent à leur communauté.

Les organismes communautaires: un poumon social
Ce sont des organes vitaux du développement régional. Ils forment les alvéoles d’un immense poumon social. Cependant, ces organismes commencent à s’essouffler. L’État refuse de respecter ses engagements et de les financer adéquatement afin de réaliser la mission qui les a mis au monde. Sans indexation et sans rehaussement significatif du soutien financier, plusieurs organismes communautaires rendront bientôt leur dernier souffle. C’est un peu de notre pouvoir citoyen qui risque de disparaître avec eux. Les organismes communautaires sont à notre image. Ils reflètent et tentent de répondre à nos besoins propres, spécifiques à notre milieu de vie. Ils forment en quelque sorte le dernier rempart contre la bureaucratie aveugle et insensible qui cherche à normaliser et à uniformiser les réalités régionales aux dépens de la fibre humaine qui les compose. Ils ont besoin de nous, de notre appui.

François Melançon

Coordonnateur de l’Association des groupes d’éducation populaire autonome (AGEPA) Centre-du-Québec