J’ai honte de mon UQTR!

L’auteure, Natacha Brunelle, est professeure titulaire au Département de psychoéducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Elle est également titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les trajectoires d’usage de drogues et les problématiques associées.

Cette épreuve du lock-out imposée par notre recteur et notre conseil d’administration m’attriste énormément. Je suis ébranlée dans mes convictions. Ma fierté d’avoir obtenu très récemment une subvention de 2,5 millions $ que je n’ai pas encore été en mesure d’honorer s’effrite depuis ce lock-out (même s’il est maintenant levé). Oui, oui! Les professeurs rapportent de l’argent à l’UQTR! Ils ne font pas juste en coûter, Messieurs et Mesdames de la direction!

Ajoutez à ce montant toutes les subventions de recherche obtenues par les 445 professeurs de l’UQTR ces dernières années. On parle de plusieurs dizaines de millions de dollars qui contribuent aux finances et au rayonnement de l’UQTR, ainsi qu’à l’économie de la région.

J’étais fière que l’UQTR soit l’organisme responsable de ma subvention qui implique 22 partenaires de la communauté dans toute la province et 14 chercheurs de cinq universités, une subvention qui fournira un emploi à plus de 30 étudiants. Les impacts de ce lock-out se font ressentir bien au-delà de notre institution, de notre ville, de notre région. Ils touchent certes les professeurs de l’UQTR, mais ils affectent aussi leurs cochercheurs, leurs partenaires, leurs employés, leurs familles et, surtout, leurs étudiants.

Je suis outrée que nos étudiants aient fait les frais de cet odieux lock-out. Je les aime ces jeunes remplis de potentiel qui sont notre avenir à tous. Pour plusieurs, leur session d’été, leur emploi d’été, leur possibilité d’obtenir une bourse d’études, de faire un stage, de terminer leurs études supérieures ou d’accéder maintenant à leur profession ont été menacés.

Plus de trois semaines après le début du conflit, je ne suis pas encore en mesure de superviser mes étudiants de cycles supérieurs puisque l’UQTR me presse à corriger et remettre les notes aux 160 étudiants à qui j’ai enseigné cet hiver. Or, l’enseignement est une tâche fondamentale des professeurs d’université, lesquels doivent aussi faire de la recherche et, donc, non seulement transmettre des connaissances, mais aussi en produire. La recherche fonctionne à pleine vitesse toute l’année, incluant l’été (mai à août) et permet de fournir à plusieurs étudiants des emplois payants, stimulants et formateurs qui doivent être supervisés par des professeurs. La direction de l’UQTR a manqué à son devoir au plan de la gouvernance et de l’éthique de la recherche durant le lock-out. Elle a dépensé l’argent des organismes subventionnaires, l’argent des contribuables, de façon irresponsable pendant ces deux semaines.

Enfin, comme professeure, j’ai aussi pour fonction de servir la collectivité, fonction que j’apprécie grandement et qui me semble fort utile. À la grandeur de notre université, ce sont 445 professeurs qui mettent leurs expertises respectives à la disposition de cette collectivité. Cependant, comme toute autre chose, l’UQTR nous a imposé l’arrêt de ces services pendant le lock-out. L’UQTR se dit pourtant proche de sa communauté. Elle se dit une université à dimension humaine. Quelle bonne blague!

J’ai honte de mon UQTR en ce moment, mais je trouve la force de reprendre et de continuer à travailler dans ma formidable équipe de travail, avec mes étudiants et dans cette solidarité impressionnante à l’intérieur de mon département de psychoéducation et entre les professeurs de tous les départements. Ma confiance en la direction de l’UQTR est toutefois fortement ébranlée.

L’éducation est un service public essentiel et le recours au lock-out par l’employeur devrait être interdit par la loi comme c’est le cas pour les autres services publics essentiels dans cette province.