Jackson et compagnie: à qui ai-je affaire?

OPINIONS / L’auteur, Frankie Bernèche, est professeur de psychologie. Il habite Saint-Mathieu-du-Parc.

Les relations humaines sont d’une grande importance au bonheur des gens. Autant nous avons besoin de respirer, dormir et manger, autant nous avons besoin d’être en relation, entourés de personnes importantes et significatives, des gens intimes avec lesquels nous établissons une réelle relation de confiance, des gens avec qui nous nous sentons bien et aimés. Des personnes qui nous influencent, nous supportent et nous réconfortent. Bref, des personnes sans lesquelles notre vie ne serait pas la même.

Dans les faits, la majorité des gens ont des relations importantes et significatives. Mais connaissons-nous vraiment les gens avec lesquels nous sommes en relation? Savons-nous vraiment à qui nous avons affaire? La réponse spontanée à cette question est oui, évidemment, sans aucun doute. Mais sachez que la réponse pourrait bien être non, ou plutôt «pas exactement». En fait, même si nous côtoyons des personnes depuis plusieurs années, nous ne les connaissons pas toujours dans leurs moindres facettes, leurs moindres recoins. Autrement dit, les gens que nous côtoyons ne montrent qu’une facette d’eux-mêmes. L’autre facette est souvent cachée, niée, voire inconsciente à eux-mêmes.

Il est normal de ne pas connaître en profondeur les nouvelles personnes que nous rencontrons ou celles que nous côtoyons au travail. Toutefois, malgré ce que nous pensons, cette méconnaissance des gens s’applique aussi très souvent à ceux que nous côtoyons de près, dans nos proches et intimes relations. Nos parents, nos frères et sœurs, notre partenaire amoureux, nos enfants, nos amis, toutes ces personnes avec qui nous sommes en contact depuis tant d’années ne se révèlent jamais tout à fait. Car eux aussi peuvent avoir une face cachée.

Et que dire de nous-mêmes? Nous connaissons-nous vraiment? Comme je dis souvent à mes étudiants, l’intensité des réactions émotives lors de l’annonce d’un deuil est directement liée à l’attachement que nous avons envers les personnes impliquées. Plus je suis attaché émotivement à une personne, plus je souffrirai lors de sa perte. Et lorsque je leur demande quelle est la personne envers laquelle ils ont le plus d’attachement? Tous me répondent spontanément (dans l’ordre ou le désordre): ma mère, mon père, mon frère, ma sœur, mes amis, etc. Mais ils se trompent. Car la réponse est bien sûr, eux-mêmes.

Nous ne réalisons jamais assez à quel point nous sommes importants pour nous-même. À quel point ce que nous sommes; nos envies, nos besoins, nos motivations, nos ressentis, nos vécus émotifs sont les éléments de base auxquels nous devons porter la plus grande importance. Et même si certains d’entre nous s’impliquent dans une démarche de croissance personnelle, nous arrivons difficilement à identifier nos réels besoins et encore moins à cerner ce qui les a construits ou motivés. Bref, nous ne nous connaissons peu, du moins jamais totalement en profondeur.

Comme tous ceux que nous côtoyons, notre identité demeure toujours un peu voilée à nous-mêmes. Malheureusement, nous avons souvent appris à nous éloigner de nous-mêmes pour répondre aux attentes des autres. Et cet éloignement de soi à un prix. Plus les comportements, les pensées et les émotions d’une personne sont motivés par les besoins des autres et non par ses propres besoins, plus sa personnalité sera en conflit interne et fragilisée. Il y a donc là, matière à réflexion pour améliorer notre bonheur. Prendre soin de soi, se donner une attention, une importance et aller vers nos réelles motivations.