L’auteur de cette lettre offre son analyse de la dernière élection fédérale, dont les candidats pour la région étaient Yves Lévesque, Valérie Renaud-Martin, Louise Charbonneau qui l’a emporté et Robert Aubin.

Ingrate et cruelle politique!

OPINIONS / Que retenir des dernières élections générales? Que pour les électeurs du Québec, fidélité et raison semblent exclues des principes à considérer quand vient le temps de voter. À Trois-Rivières, on trouvait trois candidats jouissant d’une forte notoriété. Yves Lévesque d’abord, que tout le monde connaît pour avoir été maire de la ville durant quelque dix-sept ans, au point que le Parti conservateur en avait fait l’un de ses candidats vedettes et que les médias l’ont traité comme tel. Robert Aubin, député néo-démocrate depuis huit ans; Valérie Renaud-Martin, conseillère municipale, vue un temps comme son héritière politique par le maire sortant.

Alors, qui a gagné? Louise Charbonneau! Mais qui est-elle? Personne ne semble la connaître en ville, sauf les inconditionnels trifluviens du Bloc qui devraient lui ériger une statue en l’honneur de la soldate inconnue de ce parti. Le plus ironique de l’affaire, c’est que c’est la personne la plus anonyme qui a été élue; comme quoi n’importe lequel incognito représentant cette formation politique aurait été élu à Trois-Rivières.

Autre fait ironique et triste à la fois, le cas de Ruth Ellen Brosseau, qui n’avait jamais mis les pieds dans la région de Berthier-Maskinongé, et qui est élue en 2011 avec une majorité de près de 6000 voix, alors qu’elle se trouvait en vacances à Las Vegas quelques jours avant les élections. Ces derniers huit ans, elle s’est totalement dévouée au service de ses concitoyens, elle a également déménagé pour s’établir dans le comté et a même formé un couple avec un agriculteur de la place. En même temps, elle a grandement amélioré son expression en langue française et s’est donné une stature politique respectable. Or, qu’ont fait les mêmes électeurs en signe de reconnaissance? Ils l’ont larguée... Un jour, porté par la faveur populaire, tu atteins un sommet de gloire, pour un peu plus tard disparaître dans les profondeurs de l’oubli... Ingrate et cruelle politique!

En fait, je ne crois pas que les gens ont voté sérieusement pour le Bloc. Ils ont plutôt voté contre Trudeau pour plusieurs et pour bien des raisons, contre Scheer pour d’autres et pour leurs raisons eux aussi, et contre le signe religieux ostentatoire arboré par Singh. Contre, contre, contre... alors que le parcours sans fautes de Yves-François Blanchet, reconnu même par les partisans adverses, légitimait largement un vote pour le Bloc.

Pour revenir à Trois-Rivières, il faut admettre qu’Yves Lévesque a réalisé un fort bon score, en augmentant de 4000 voix le total obtenu par le dernier candidat conservateur local, Dominic Therrien. S’il avait gagné, il aurait fallu reconnaître là une victoire tout à fait personnelle. Pour la suite, le maire sortant a d’abord annoncé un terme à sa carrière politique avant de revenir sur cette décision, selon le propos paru dans la récente chronique de Jean-Marc Beaudoin, s’il y avait élection d’ici deux ans... Pour ma part, je lui conseillerais «amicalement» de quitter la politique. Il a connu une belle carrière au municipal, il en a déjà fait beaucoup à Trois-Rivières, même beaucoup trop à mon avis, et vient un temps où il faut savoir quitter la table et laisser la place à une nouvelle génération.

Guy Godin

Trois-Rivières