Indépendance ou interdépendance?

OPINIONS / Ceux qui s’intéressent à la destinée du Québec doivent savoir que toutes les nations sont soumises à des influences énergétiques qui colorent leur destinée et signent leurs particularités. Ces énergies caractérisent leur âme et leur personnalité. Comme dans n’importe quel processus évolutif, chaque nation est issue d’une matrice fondatrice qu’elle anime au rythme de sa psychodynamique. Le 15 juillet 1867, le Québec s’est rattaché officiellement à la matrice canadienne en ratifiant, par ses députés, l’Acte de l’Amérique du Nord britannique. Mais la matrice fondatrice du Québec est antérieure à l’adhésion à la Confédération canadienne, ce qui fait que la province n’a jamais cessé de jouer au trublion au sein du Canada.

En donnant son aval à la grande alliance avec les nations autochtones, le 27 mai 1603 à la Pointe de Saint-Mathieu, Champlain configurait dans l’espace et dans le temps la destinée du Québec. Et ce, pour longtemps. Ce rassembleur émérite avait un rêve axé sur l’unification des forces indiennes afin d’explorer et de développer cet immense territoire qui allait devenir la Nouvelle-France. Ayant vécu les affres des guerres de religion, ayant retenu les dérapages d’intolérance entre belligérants, ce grand fondateur aspirait à construire un monde dans lequel l’unité prévaudrait dans une parfaite mutualité. C’était un rêve bien entendu. Ce qu’il faut retenir, c’est que ce moment fondateur allait imprimer durablement sa note-clé sur le développement du territoire et sur l’ensemble des crises à survenir subséquemment. Retenons que Champlain visait d’abord l’unification harmonieuse du territoire.

Deuxième point à considérer dans la configuration: la peur et l’insécurité. Ces deux dernières relèvent davantage de l’inconscient collectif que du conscient. Elles sont inhérentes aux énergies globales du territoire et à la façon d’y répondre. Les Québécois formeraient-ils un peuple de peureux? Rappelons quelques épisodes. En 1603, l’ennemi porte le nom d’Iroquois et l’alliance franco-indienne vient conforter une illusion d’invincibilité. Cependant, la peur tenaille toutes les tribus indiennes. Du côté des Français, au fil des courants migratoires, la peur restera omniprésente jusqu’à nos jours. Énumérons ces grandes peurs. Peur de la grande traversée atlantique. Peur des incursions iroquoises. Peur de la disette. Peur des guerres coloniales. Peur, après la Conquête, de perdre sa foi, la langue et ses droits. Peur des guerres canado-américaines. Peur de la Rébellion de 1837-38. Peur de l’Église, peur de l’Enfer. Peur d’adhérer à la Confédération. Peur de la conscription. Peur de la grippe espagnole. Peur du communisme. Peur de la Seconde Guerre mondiale. Peur du FLQ et bien entendu: peur de l’Indépendance au vu de l’issue des deux référendums. Les racines de la peur chez nous sont transgénérationnelles.

Si la xénophobie ouverte ou larvée constitue un trait de caractère distinctif des descendants des Canadiens français, elle peut s’expliquer de différentes façons. La principale cause origine de la Conquête britannique qui fit en sorte d’exclure les conquis des rouages politiques, administratifs et économiques du Bas-Canada. S’en est suivi un sentiment de méfiance envers l’étranger. Un sentiment d’infériorité. Plusieurs autres facteurs freineront potentiellement l’Indépendance du Québec. La volonté d’y parvenir et la discipline pour l’assumer. Mais le caractère duel des deux facteurs cités plus haut risque de court-circuiter toute forme d’accession à la souveraineté. En résumé, le maintien de la mutualité demeure un incontournable et les grandes peurs, une barrière quasi infranchissable. Mais chaque nation dispose de son libre arbitre en regard de l’acceptation ou de la résistance à ce qui est prédéterminé. Il est clair cependant que les anciens tenants d’un «statut particulier» pour le Québec s’inscrivaient davantage dans l’esprit de Champlain que nos actuels sécessionnistes.

René Le Brodeur

Shawinigan