L’auteur de cette lettre salue l’audace du gouvernement Legault de tenter de renouveler et moderniser le système scolaire actuel.

Imposition du bâillon pour le projet de loi 40: la région en colère, mais pourquoi?

OPINIONS / «C’est une triste journée pour le Québec», dit Claude Lessard, le président de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy. «Je suis bouleversée», dit quant à elle Marjolaine Arsenault, présidente de la Commission scolaire la Riveraine.

Je comprends que de tenter de changer des habitudes qui sont ancrées dans le milieu depuis des générations puisse produire de l’inconfort chez certains. Car on bouleverse les droits acquis et les privilèges corporatistes de plusieurs intervenants.

Selon la procédure parlementaire, ce n’est pas le premier parti politique qui utilise la tactique du bâillon, en dernier recours, pour pallier l’obstruction systématique des partis d’opposition. Si l’on a accepté 82 amendements pendant l’étude du projet, on doit sûrement avoir écouté quelqu’un… mais, en fin de compte, c’est le gouvernement qui doit prendre la décision sur un projet qui a été énoncé clairement lors de la campagne électorale, et le résultat des élections a été assez clair.

Les prémisses de la loi reposent sur le fait que les citoyens ne votent pas aux élections scolaires, tout le monde s’en désintéresse; c’est peut-être là le grand malaise de notre société. Mais, il ne faudrait pas faire nôtre le vieux dicton: «Vivons heureux, vivons niaiseux».

Il faut avouer que ça prend un gouvernement qui a beaucoup d’audace pour tenter de remédier à un système qui n’a pas atteint ses objectifs depuis la création du ministère de l’Éducation: «la diplomation des élèves». Un grand pas a déjà été fait pour mieux intégrer les élèves au profil particulier, les EHDAA (handicaps divers), mais en fin de compte on diplôme quand même des illettrés. Un diplôme qui ne veut rien dire.

La culture n’est pas assez valorisée dans l’espace public. Notre télévision, Télé-Québec mise à part, en est le pâle reflet; des adultes qui jouent à des jeux d’enfants, c’est pitoyable. La connaissance de sa langue maternelle et d’au moins une langue seconde, un minimum d’arts et d’histoire du monde contemporain laisse à désirer. Si l’on regarde la télévision française, même les adolescents ont beaucoup plus de vocabulaire et de connaissances générales, c’est de la musique de les entendre.

Bien entendu, cela ne se fera pas du jour au lendemain, mais il y a un virage important à prendre, et immédiatement, si l’on veut que la prochaine génération en profite.

Par ailleurs, comme le gouvernement a la responsabilité de l’éducation, il doit se donner les outils nécessaires pour évaluer l’atteinte des objectifs. Je comprends que les professeurs s’offusquent qu’on remette en question le fait qu’ils se considèrent les seuls compétents en matière d’enseignement. Mais, comme les médecins, ils doivent se recycler périodiquement, rafraîchir leurs connaissances et leurs méthodes, rendre leurs cours plus intéressants, faire que les élèves aient hâte d’arriver à leur cours. Cette requalification, le gouvernement a le droit, et même le devoir de la contrôler périodiquement en regard des résultats obtenus.

C’est ce que la loi 40 a comme objectif. On veut changer les vieilles habitudes et les droits acquis ancestraux qui ne sont pas productifs. Les acteurs actuels doivent collaborer de bonne foi à l’élaboration d’un système d’éducation efficace. Il leur faut laisser plus à la prochaine génération que ce qu’ils ont reçu eux-mêmes.

Ce qui milite pour une réforme en profondeur: «la réussite des élèves». Le taux de diplomation de 93,1 % au privé, et de 76,5 % au public. Anglophones: 85 %, francophones 79,9 %.

Un taux de diplomation au secondaire dans le réseau public qui est de 84 % en Ontario, tandis qu’il est de 64 % au Québec, et de 88 % dans ses écoles privées. Si le système public était aussi performant que le système privé, les parents le choisiraient sûrement. À nous de le rendre aussi efficace.

Selon l’économiste Pierre Fortin: «Pour le Québec, un taux de diplomation de 85 % donnerait un demi-million de dollars de plus individuellement et 400 milliards collectivement».

Il faut arrêter de se dire: «On est né pour un petit pain» et baisser les bras. Pour cela, il faudra accepter d’agir autrement, collectivement, et rapidement.

Gaétan Yelle

Trois-Rivières