Immigration et métiers spécialisés

Au cours de la dernière campagne électorale au Québec, il a beaucoup été question d’immigration et d’économie. La pénurie aiguë de main-d’œuvre qualifiée au Québec a vite pris le devant de la scène. Notre économie ne peut plus assurer son développement.

Le gouvernement a publié, le printemps dernier, sa «Stratégie nationale sur la main-d’œuvre 2018-2023». Le document intéressant confirme que la problématique est bien connue et qu’on a l’intention de s’y attaquer... après les élections. Le problème ne date pas d’hier. On l’a vu venir depuis longtemps. Pourquoi avoir tant attendu et encore remettre à demain ? On n’a plus parlé, pendant la campagne électorale, de cette stratégie nationale.

Également ce printemps, le Cégep de Trois-Rivières suspendait les inscriptions dans certains programmes d’études techniques de haut niveau. Les spécialités visées faisaient toutes partie de celles que le gouvernement venait d’identifier comme très prometteuses. Le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale dans un document intitulé «L’avenir cherche du monde comme toi» invitait les jeunes Québécois à se former dans ces métiers techniques déjà en pénurie de main-d’œuvre et qui le deviendront davantage dans les prochaines années. On n’a plus parlé, pendant la campagne électorale, de ces suspensions d’admission dans des programmes d’études tant en demande par les entreprises.

On a déjà oublié ceux à qui on a interdit l’accès à des carrières si reluisantes et importantes pour l’économie. On préfère parler d’accueillir plus d’immigrants et de les former pour combler l’urgent besoin de main-d’œuvre. Pourquoi ne plus promouvoir ces carrières auprès de la jeunesse du Québec? Pourquoi ne pas rouvrir les programmes d’études qu’on vient de suspendre ? La situation actuelle exige qu’on priorise l’immigration, mais pas au détriment de notre jeunesse non immigrante.

L’autre problème, plus sournois, concerne le changement de paradigme de la formation technique. On préfère former sur mesure ou à la carte: la formation adaptée. Au diable la formation générale, fierté de notre système d’éducation. Cette formation générale, composée de compétences latérales greffées aux compétences spécialisées, permet de s’épanouir dans la société et de penser avec un esprit critique. Paul Gérin-Lajoie a de quoi se retourner dans sa tombe. L’économie a besoin de travailleurs. On va donc former à la va-vite des travailleurs-robots qui accompliront les tâches précises qu’on voudra bien leur donner. La formation adaptée a ses avantages: moins coûteuse, plus rapide et moins émancipatrice. Bien des entreprises, des gestionnaires et des politiciens l’ont compris. On sacrifie notre jeunesse, immigrante ou pas, au dieu Économie.

Le pompier pyromane. Voilà le titre de la pièce de théâtre à laquelle nous avons assistons en matière de main-d’œuvre qualifiée dans le cadre de la dernière campagne électorale. Que devons-nous attendre de la suite des choses?

Michel G. Bérard

Trois-Rivières