Ils sont mes voisins, mes amis

En réaction à la lettre de M. Roger Matteau intitulée «Un désolant manque de respect», publiée dans notre édition du 3 juillet dernier.

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre lettre d’opinion. Vous êtes une des rares personnes à réagir dans le bon sens face aux atrocités que certains religieux ont fait subir à des milliers d’enfants autochtones à travers le Canada tout entier. Ce sont autant de vies brisées à jamais pour les chanceux qui ne se sont pas suicidés!

J’enseigne dans une communauté autochtone depuis 29 ans bientôt. J’ai appris à vivre avec les Atikamekw, à vivre leur culture et à apprécier leur générosité. Moi, on m’a adoptée depuis les tout débuts, sans jugement, dans le respect de l’autre, avec ma culture et ma vision différente de l’éducation.

Les pensionnats ont tous été fermés mais les plaies restent grandes ouvertes. Le mal est fait pour plusieurs générations à venir! Sur la centaine de jeunes à qui j’ai enseigné, des dizaines se sont suicidés. La réalité autochtone n’est vraiment pas connue des Québécois. Il y a très peu d’emplois disponibles dans les communautés donc beaucoup de familles pauvres avec de nombreux enfants. En août, par contre, vient le temps de la cueillette des bleuets. C’est la manne bleue pour les familles qui vendent les fruits aux acheteurs de bleuets. L’argent ainsi ramassé leur permet d’habiller les enfants pour la rentrée scolaire.

Les crimes commis dans les pensionnats ont détruit l’âme de ceux qui y ont survécu. Mon copain est l’un de ceux-là. Aujourd’hui, il mène un combat de tous les jours contre les démons qui le hantent sans répit: l’alcool et les jeux de hasard. Il est toujours en quête d’échappatoire. Tout pour lui faire oublier les nombreux sévices subis entre 6 et 14 ans par ceux qui étaient en autorité.

Le Canada, terre d’accueil pour de nombreux migrants, aide des hommes, des femmes et des enfants venus d’ailleurs cherchant une vie meilleure. Notre pays est riche et généreux. Ça parait bien aux yeux des autres pays! Quels gestes le Canada pose-t-il pour les Premières Nations? Quels sont les efforts mis pour mieux comprendre et accepter ceux qui étaient là avant nous?

Joane Desaulniers

Shawinigan