Ils arrivent...

Ils arrivent, sachant bien qu’au Canada, nous avons l’espace et le support pour les accueillir. Ils arrivent, entrent principalement par le Québec. Ils entrent chez nous. Ils fuient la peur de se faire expulser par les États-Unis ou ils proviennent d’ailleurs à la quête d’un avenir meilleur. Ici, comme vous le savez déjà, ils peuvent traverser illégalement et s’installer pour au moins cinq années de façon provisoire.

Ça m’embête vraiment! On repousse les problèmes à plus tard, on procrastine et je porte cette crainte qu’un jour, nous aurons à y faire face, mais cette fois, j’ai bien peur qu’il soit beaucoup plus important.

J’aurais vraiment aimé que l’on considère davantage les Québécois dans cette situation. Je me sens comme une personne qui avait une faim normale, à qui on a forcé à ingurgiter beaucoup trop de nourriture, et maintenant cette personne est aux prises avec des problèmes de digestion considérable. Mais on lui dit qu’on va la soigner plus tard, qu’on a d’autres choses à voir plus importantes, comme par exemple préparer encore plus de nourriture pour nous gaver encore davantage.

J’aurais tant aimé que ça se passe autrement! Le peuple québécois, si accueillant de nature, prêt à «se dénaturaliser» pour ouvrir sa Terre aux autres... Aujourd’hui, on le juge raciste parce que se pointe à l’horizon le goût de prendre soin de lui, de mettre ses limites. Quand il n’a plus faim, il a envie de dire non et de se respecter. Je parle ici de ceux qui ressentent cette non-faim. Mais, il y a encore beaucoup de nourriture et il faut ouvrir la bouche parce que ça refoule à la frontière.

Et pourtant, j’ai la certitude que chaque Québécois aurait fait quelque chose pour au moins un réfugié ou un immigrant. Je sais notre grandeur d’âme. Nous sommes de la trempe de ces gens qui savent donner, partager, aimer.

Ça aurait pu se faire tellement mieux, en respectant les personnes qui accueillent aussi! Là, on a eu du respect que pour ceux qui entrent chez nous et c’est ça qui fait défaut. Ça change notre nature bienheureuse... nous sommes des racistes maintenant, des gens moins bien parce qu’on a l’urgente envie de ne pas se perdre à trop donner.

J’ai envie de manger à ma faim question d’éviter l’obésité, l’indigestion ou les problèmes graves liés à la suralimentation... et vous?

Sylvie Tessier Dumas

Trois-Rivières