Il y a deux cents ans...

OPINION / Si vous avez aimé le discours «I have a dream» prononcé par Martin Luther King le 28 août 1963 devant 250 000 personnes, vous ne pourrez rester insensibles devant le discours d’inauguration du premier gouvernement républicain prononcé à Angostura par Simon Bolivar, surnommé el Libertador, le 15 février 1819. À travers le monde, les colonies se disloquent et revendiquent leur indépendance, et ce, surtout en Amérique du Sud sur le territoire occupant l’Argentine, le Pérou, la Bolivie la Colombie, tous sous domination espagnole.

À l’aube de la naissance d’une nouvelle république, voici un extrait où il expose sa vision de ce que devrait être un gouvernement: «Le gouvernement du Venezuela a été, est et sera républicain. Il doit être fondé sur la souveraineté du peuple, la séparation des pouvoirs, la liberté civile, l’abolition de l’esclavage, la proscription de la monarchie et la suppression des privilèges. L’égalité nous est nécessaire pour refondre en un tout, si j’ose dire, les castes, les opinions politiques et les mœurs.» Il allait même jusqu’à proposer une assemblée de sages supervisant ce gouvernement. C’était une idée audacieuse puisée chez les philosophes grecs afin d’assurer une gouvernance juste et clairvoyante.

Cette vague d’émancipation qui parcourait l’Amérique latine s’était propagée jusque dans le Bas-Canada. Chez les Québécois commençait à naître la velléité de s’affranchir de la domination anglaise; Papineau voulait y parvenir par la manière douce mais devant la réaction de Londres de ne faire aucune concession, force fut de se rendre compte qu’il fallait en venir aux armes. Tout comme Ferdinand VII, refusant de recevoir les deux émissaires envoyés par Simon Bolivar pour négocier les termes de leur indépendance, Londres n’entendait pas se départir de sa colonie aussi facilement. Ainsi fut engagée une guerre où le Québec ne faisait pas le poids face à la plus grande puissance de l’époque. Pour que le Venezuela, la Colombie, la Bolivie puissent s’affranchir de l’Espagne, il leur fallut se battre pendant près de dix ans. Les patriotes tinrent à peine deux ans. Malgré de nobles idéaux et une bonne volonté, ils durent se soumettre, finir en martyrs ou s’exiler. Encore de nos jours, alors que la Catalogne veut obtenir son indépendance, l’Espagne la lui refuse et intente un procès à ses dirigeants alors que tout a été fait dans les règles de la démocratie.

Notre histoire québécoise est édifiée sur une volonté de liberté; elle est parsemée de héros et de martyrs qu’on efface progressivement de notre mémoire pour y laisser entrer un multiculturalisme. Cette terre qui nous a vus naître ne nous lie-t-elle pas à son passé? Devons-nous, pour ne pas oublier Papineau, de Lorimier et tous ces patriotes, que donner leurs noms à des rues? Cette importance qui nous lie à la terre de nos ancêtres se concrétise dans l’État d’Israël, que les Juifs revendiquent parce qu’elle est inhérente à leur histoire et leur culture depuis des millénaires, au point d’en déloger les Palestiniens qui l’occupaient.

Si le 15 février 1819 fut un grand jour pour le Venezuela, vingt ans plus tard dans le Bas-Canada ce fut un jour de deuil. Peut-être la fin d’un rêve?

Clermont Boies

Nicolet