Le chef de la CAQ, François Legault.

Il faut se méfier de François Legault

C’est une performance digne d’un grand acteur que nous a offerte François Legault sur un ton triomphaliste lors de la fin de semaine des 26 et 27 mai. Du vrai vaudeville! Il était beau à voir entouré de dames survoltées autour de lui. Ne venait-il pas de leur livrer un vrai discours de lancement de campagne et il l’a fait avec tout le panache qu’on lui connaît.

La population veut des changements et sa confiance envers les politiciens est au plus bas (18 %). François Legault, que Rémi Trudel aux Ex a qualifié de «roi de l’indignation», en profite à plein. Il connaît bien ça les changements, car il change d’idée assez fréquemment et le fera sans doute encore plusieurs fois d’ici octobre. Il me fait penser à un tireur à la ligne qui lance dans toutes les directions pour voir où sont les plus grosses prises.

Le samedi 26 mai, il laissait entendre qu’il souhaitait «privilégier» le modèle des CPE aux garderies privées et dimanche, il parlait de liberté de choix pour ne pas déplaire à une de ses députées. Même ses valeurs ont changé. L’un des souverainistes les plus ardents, dont j’ai assisté à plusieurs de ses envolées oratoires des plus convaincantes, prône maintenant un fédéralisme avec un Québec fort, tout en sachant que le Québec ne peut décider de rien. Le «power», c’est Ottawa qui le détient et il faudra toujours se contenter d’un «nanane» (petit bonbon) à l’occasion. On en a eu la preuve encore la semaine dernière quand notre adolescent de premier ministre du Canada, faisant fi du consensus de l’Assemblée nationale, a refusé la déclaration de revenus unique en affirmant que le Québec contrôlait déjà assez de choses à l’intérieur du Canada.

Avec son style populiste, il dit tout simplement ce que le bon peuple, qui s’intéresse à la politique seulement en période électorale, veut entendre. Ceux qui le voient déjà premier ministre refusent de le définir ainsi, car son style est plus subtil et il y va tout en douceur contrairement à Donald Trump, Doug Ford ou Marine Le Pen. Mais le but visé est le même: prendre le pouvoir. Il mettra fin aux commissions scolaires et révisera le salaire des médecins, mais on ne sait pas comment il s’y prendra.

Tout ce qu’il fait, c’est brasser la cabane avec des mots comme «copinage», «magouille» et on aime ça. Il fait même un clin d’œil aux anglos avec un «Free yourself!», des libéraux bien entendu. Pourquoi pas: PLQ et CAQ n’ont-ils pas des candidats interchangeables?

Mais je me méfie de son discours vulgarisateur et opportuniste dont on peut douter de la sincérité, mais qui semble charmer plusieurs de mes concitoyens qui carburent aux sondages. J’ai même entendu: «On a essayé les autres partis, pourquoi ne pas donner une chance à la CAQ». Je crois qu’en politique on ne donne pas de chance. On est encore loin des élections et pour le moment, pour moi, François Legault c’est prendre une chance.

Gaston Bouffard

Shawinigan