Il faut cultiver l’instinct de chercher et de cultiver son esprit

Carrefour des lecteurs
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Le Nouvelliste
OPINIONS / J’avais 25 ans quand j’ai croisé cette phrase d’Anatole France: «La vieillesse qui est une déchéance pour les êtres ordinaires est, pour les hommes de génie, une apothéose.»

Un peu plus de quarante ans plus tard, je peux dire que cette phrase m’a un peu guidé. Non que je sois devenu un homme de génie mais j’éprouve un immense plaisir à me renseigner, m’instruire et me cultiver.

Avec les temps libres plus nombreux provoqués par le Grand confinement, j’ai réalisé des recherches que je me proposais depuis longtemps de faire un jour comme, par exemple, de retrouver dans les archives du Nouvelliste (accessibles par Bibliothèque et Archives nationales du Québec) les reportages du lancement de la campagne électorale rendue nécessaire par le scrutin précipité du 14 novembre 1962 menant aux nationalisations des compagnies d’électricité et s’étant tenu le dimanche après-midi 7 octobre à l’aréna de Shawinigan à la barbe de la Shawinigan Water & Power devant environ 6000 personnes.

Je raconte ça seulement pour dire que si l’on a le choix, il est ma foi inapproprié de plonger la vieillesse dans ce que j’appelle l’occupationnel. Moi, je lis trois quotidiens chaque jour et m’intéresse également par exemple aux auteurs et à leurs livres par la voie notamment de babelio.com. Sans compter ma ferveur pour le cinéma.

En somme, il faut cultiver cet instinct de chercher. Et de trouver afin de meubler son esprit. On peut faire en sorte aussi de rédiger – ou noter – peut-être des souvenirs qui nous tiennent à cœur ou qui relèvent de l’anecdote comme je m’applique à le faire depuis dix-huit mois pour partager ceux-ci notamment lors de réunions de famille. Avec le temps, on découvre qu’il n’est d’autre victoire que celle de la mémoire, disait Manuel Vazquez Montalban.

Donc, apothéose, dis-je? Pure provocation? C’est qu’il faudrait qu’il en soit ainsi pour tout le monde et force est de constater, hélas, qu’on pleure en ce moment sur le sort de toute cette communauté de très vieilles personnes moins privilégiées que moi.

Réjean Martin

Trois-Rivières