Il était une fois un médecin…

Les médecins subiront-ils l’ire de leurs concitoyens comme les avocats la subissent depuis longtemps? Deviendront-ils l’objet de blagues qui illustrent leur éthique inexistante ou leur avidité galopante? Des copains médecins près de la retraite me laissent entendre que les médecins d’aujourd’hui sont surtout préoccupés par le condo au Panama qu’ils convoitent plutôt que de donner le meilleur d’eux-mêmes aux patients.

Les médecins sont membres d’une profession comme les notaires ou les officiers des forces armées. Ils détiennent le monopole des connaissances dans leur domaine, qu’ils mettent au service de la société qui les instruit presque gratuitement et les rémunère grassement. En retour, ils doivent faire preuve d’une éthique et d’une intégrité à toute épreuve. Ils doivent aussi constamment parfaire leurs connaissances et rester au fait des développements. Enfin, ils doivent s’autogérer avec un code de déontologie rigoureux et un comité de surveillance impartial. On peut douter de la rigueur de tout ça, avant même d’apprendre ce don indécent de 500 millions $ qui est fait aux spécialistes.

Rattrapage salarial? Foutaise. L’Ontario est plus riche, coûte plus cher à vivre et offre moins de service à ses citoyens et nos médecins devraient gagner plus que les leurs? Où est l’altruisme social des membres de cette noble profession les mieux nantis de cette société? Pourquoi ne pas faire du rattrapage salarial (vers le bas) avec la France, où on apprenait dans un reportage de Radio-Canada de 2014 je crois, qu’un urgentologue gagne 100 000 $ par année alors que selon la RAMQ, un omnipraticien gagnait 244 674 $ et un spécialiste 409 096 $ en 2015. Selon l’IRIS (l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques), «les médecins gagnent maintenant 7,6 fois le salaire moyen au Québec, alors qu’en France, ce ratio est de 3 et au Royaume-Uni de 4». Il est clair qu’il est temps de changer leur mode de rémunération et bien qu’ils méritent forte compensation pour leurs compétences durement acquises et si précieuses à la société, c’est rendu beaucoup trop loin.

J’irais encore plus loin dans l’élaboration d’un nouveau contrat social avec les médecins afin de s’assurer qu’ils soient véritablement au service de la société quand et où elle en a besoin. Après une rigoureuse sélection des élèves en médecine et des études gratuites (ou presque) gracieusement offertes par la société, les médecins, sur graduation, se verraient offrir la liste des postes disponibles par priorité. Ceux-ci seraient par exemple tenus d’exercer en région pour une période minimum de quatre ans. Ils auraient toujours la possibilité de se soustraire à ce système, en remboursant 60 000 $ pour chacune des années d’études. Moi qui ai servi là où mon pays me le demandait, je peux vous assurer qu’un tel système est très gratifiant pour les concernés et il apporte aussi des bénéfices marginaux incommensurables qui touchent tous ceux qui en sont affectés.

Le parti politique qui m’offrira une telle vision de notre société, à commencer par le corps médical, aura mon vote.

Louis Fortin

Trois-Rivières