L’auteur de cette lettre dénonce les hausses de salaire qui seront prochainement accordées aux membres du conseil trifluvien.

Il est où le pactole?

Vous vous demandez comment entrer dans la caverne d’Ali Baba? Ne cherchez plus; pas de secret entre nous! Devenez membre du conseil municipal de Trois-Rivières. En douce, ses membres s’apprêtent à s’offrir une forte augmentation de salaire, à peine deux ans après avoir été élus pour certains. Ils sont en train de nous faire toute une passe; pas un joueur du Canadien n’arrive à leur cheville! En effet, à leur réunion du 19 février prochain, ils feront passer leur rémunération annuelle de 29 430 $ à 34 204 $, une hausse de quelque 5000 $, représentant plus de 16 % de leur traitement actuel.

S’ajoutera une autre majoration, alors que l’allocation de dépenses qu’ils s’accordent passera de 14 715 $ à 16 595 $, exempte d’impôt provincial. Quant au maire, son salaire montera de 133 852 $ à 140 506 $. Les membres du Conseil se partageront donc au total un magot de plus de 100 000 $ et ils ont le toupet de nous dire que cela se fait à coût nul! On nous justifie la manœuvre en soulignant que la rémunération des membres du Conseil n’a pas été revue depuis quelque temps. Et s’ils se disputent sur des dossiers, il y a parfait accord sur celui-ci!

Eh bien, moi je crois que le salaire actuel de près de 30 000 $, auquel s’ajoute une allocation de près de 15 000 $, c’est nettement suffisant pour agir présentement comme conseiller municipal. J’aurais donc apprécié que les tenants de la «Vision Zéro» s’en tiennent à une approche similaire en ce qui concerne leur salaire. En passant à la «Vision Plus 16 %», font-ils preuve de respect pour les Trifluviens qui les ont élus?

Autre point choquant, c’est que sur le buffet de leur rémunération, se trouvent cachées sous la table ces scandaleuses primes dites de «transition». Que les membres du Conseil se sont octroyées à eux-mêmes dans un petit règlement de quelques lignes adopté au début de 2002, et contrairement aux lois et règlements habituels, sans quelque description de quelque terme que ce soit, la notion de «transition» n’étant même pas définie!

On pousse plus loin: à compter de cette année, le nouveau règlement prévoit une hausse annuelle récurrente. Et imaginez-vous en plus que l’ensemble de leur rémunération leur sera versée sur une base hebdomadaire! Rythme de paye que l’on ne trouve plus nulle part! Contrairement à la majorité de leurs concitoyens, nos élus municipaux disposent de leurs salaires avant tout le monde... Faut le faire!

Une telle prédation d’argent public me scandalise carrément car elle mène à des excès intolérables. Comme le fait qu’un maire, qui gagnait autour de 150 000 $ par année, voiture fournie, régime de retraite garanti, parte avec un magot d’un quart de million! Et qu’avant lui, des conseillers ont touché des primes de transition injustifiables et d’autres des primes de départ à deux reprises.

Donc, en ce qui me concerne, je voterais pour un maire qui s’engagerait, quelle illusion!, à limiter l’appétit gargantuesque des membres du Conseil, à encadrer et corriger, voire annuler, les primes dites de «transition», et même à faire les représentations nécessaires à Québec pour limiter les primes de «départ». Nommez-moi une seule entreprise qui verse deux primes de départ à une même personne.

Ne vous demandez pas pourquoi les conseillers actuels trouvent toutes les raisons «pour sauter leur tour» à la mairie... Car si tu perds, tu disparais de la liste de paye de la Ville! Et lorsqu’une lionne est en train de dévorer sa proie, elle est très réticente à ce qu’un chacal vienne la lui ravir... Comment puis-je accepter, comme contribuable, que les conseillers municipaux déterminent eux-mêmes, et à leur profit personnel, de telles augmentations, ne reposant sur aucune recommandation ou avis d’un groupe de travail indépendant? Voilà pourquoi j’en suis rendu à me demander si ces élus sont là pour nous servir ou pour se servir…

Guy Godin

Trois-Rivières