L’église Saint-Pierre, qui surplombe le centre-ville de Shawinigan, éprouve des problèmes financiers qui mettent en péril sa survie. L’auteur de ce texte y va de différentes suggestions pour préserver cet élément du patrimoine religieux bâti.

Il est minuit moins une pour l’église Saint-Pierre

Lettre aux citoyens et aux élus de Shawinigan.

Le déclin de l’empire religieux… Il est facile de constater que la pratique religieuse dans notre province régresse à grands pas vers une disparition imminente. Ou bien, pour une éventuelle autre orientation dite «missionnaire», qui se préoccupe de l’humain plutôt que du matériel dont les bâtiments.

En considérant ce déclin religieux, il est possible aussi de constater l’imposant legs immobilier et culturel que l’Église nous a laissé, à travers le Québec et le continent nord-américain. Shawinigan n’est pas en reste dans ce domaine particulièrement avec certaines églises, dont l’église Saint-Pierre de la rue Hemlock, sur la butte qui domine le centre-ville.

Comme vous le savez, les églises sont administrées par les paroisses via le conseil de fabrique des marguilliers. Depuis 2018, une nouvelle administration est en fonction (de 62 à 14 paroisses pour le diocèse de Trois-Rivières).

Mon point de vue dans cette affaire serait de considérer le Patrimoine culturel impliqué dans cette aventure et qui semble faire de ce produit un résidu que l’on dispose avec une certaine insouciance pour recueillir quelques dollars, dans une longue glissade avant la disparition. L’église Saint-Philippe de Trois-Rivières en est un exemple.

Pour préserver le patrimoine bâti, il est temps que différentes instances s’assoient et s’interrogent pour considérer la meilleure solution à envisager. Il est essentiel de consulter, d’intéresser et d’impliquer les trois paliers de gouvernements.

L’église Saint-Pierre s’annonce comme étant la prochaine victime d’un manque de gestion patrimoniale sur notre territoire. Contrairement à l’Europe où l’histoire s’est assurée d’une pérennité à travers ses œuvres magnifiques dont les châteaux, les cathédrales, les monuments, les personnages, etc., nous, en Amérique, avons peine à assurer une pérennité culturelle pour nos bâtiments majeurs.

Il faut dire que la perte d’identité nationale et l’ouverture au multiculturalisme nous amènent à cette nouvelle dimension où plus personne ne pourra penser dresser des monuments historiques et collectifs de cette envergure.

Depuis Rome, la grosse machine religieuse catholique, qui a monté une énorme hiérarchie administrative en liens serrés avec le pouvoir politique, se voit lentement décliner en étant administrée par des gens de bonne volonté (les marguilliers) qui gèrent à la petite misère les derniers deniers qui entrent goutte à goutte dans leurs fonds percés.

L’église Saint-Pierre, qui surplombe le centre-ville de Shawinigan, éprouve des problèmes financiers qui mettent en péril sa survie. L’auteur de ce texte y va de différentes suggestions pour préserver cet élément du patrimoine religieux bâti.

Dernièrement, j’ai assisté à une rencontre d’information sur la situation financière de la paroisse Sainte-Marguerite d’Youville à Shawinigan. Depuis janvier 2018, avec le «Tournant missionnaire» du diocèse, cinq communautés de proximité se trouvent à être administrées par six marguilliers. Les communautés sont: Saint-Pierre, Saint-Marc, Saint-Charles-Garnier, l’Assomption et Saint-Gérard-des-Laurentides.

Inutile de mettre des chiffres. La situation est désastreuse et exige une décision rapide pour prolonger la dimension «pastorale» pour la population de ce territoire où seulement 3 % pratiquent leur religion catholique.

Toute ma vie, je me suis impliqué dans le volet culturel pour mettre en valeur les gens, les associations, les regroupements qui favorisaient cette dimension.

Dans le cas de l’église Saint-Pierre, c’est depuis 2002, que j’ai contribué avec d’autres à mieux apprivoiser cette église avec son histoire, son contenu artistique pour en faire un lieu visité par les touristes.

Cette église possède une richesse incomparable d’architecture (Ludger Lemieux), de décoration (Guido Nincheri) et d’histoire de citoyens, de membres du clergé, des commerçants et d’institutions qui ont construit, animé et marqué notre présence sur ce territoire et ont fait de nous ce que nous sommes.

Comme le disait le directeur de la Culture à Shawinigan, il faudrait trouver le besoin avant de le combler. Avec la situation qui se présente, je crois que le secteur culturel de la Ville devrait y trouver une source d’inspiration afin de trouver le besoin d’utilisation et réussir à conserver et mettre en valeur ce pan de notre histoire.

Si je regarde comment Shawinigan a su se relever du déclin industriel via la revitalisation d’anciens bâtiments (Espace Shawinigan, l’ancienne Wabasso, l’Assembly Hall, l’aréna Jacques-Plante, l’usine Laurentide), il y a de l’espoir. Pour revitaliser ces endroits, des millions ont été nécessaires et trouvés. Et il faut croire que le «besoin y était».

L’espérance étant une des grandes vertus de notre foi, j’ose espérer un projet audacieux, un projet qui croit en l’avenir. La ville a besoin de plus d’espaces administratifs avec la fusion de 2002; certains services de la Ville pourraient être installés dans le presbytère ou le sous-sol de l’église. Un centre d’archives et la bibliothèque pourraient s’y retrouver dans un espace rempli de lumière avec les magnifiques vitraux de Guido Nincheri, payés par des commerçants de l’époque. Les besoins pastoraux pourraient être logés dans un petit espace du presbytère ou du sous-sol de l’église.

Ne faut-il pas encore une volonté politique pour sauver notre inestimable trésor culturel, notre héritage à Shawinigan?

Il est encore temps… bien qu’il soit minuit moins une...

André-Jean Bordeleau, bénévole

Shawinigan