ICI télé et les publicités

OPINIONS / Bien somnolent serait le téléspectateur qui, devant le journal télévisé de Radio-Canada en fin de soirée, n’aurait pas remarqué la présence, l’abondance des publicités qui le jonchent. À peine la présentatrice a-t-elle conclu sur le sujet abordé, qu’elle nous annonce un nouveau sujet… après la pause. Or, la «pause», comme si nous étions déjà fatigués, va durer de longues minutes, publicité après publicité, jusqu’à ce que, miracle, réapparaisse le tissu des nouvelles, bientôt interrompu par une autre pause, et cætera.

Quelqu’un déjà a-t-il déterminé, sur les 60 minutes du bulletin du soir, le partage qu’il y a entre celles dévolues à la fonction propre du téléjournal – les nouvelles –, et celles données aux publicités?

L’impression laissée est qu’on s’est fait seriner des bobards durant au moins 50 pour cent de l’émission, pour nous proposer agressivement d’acheter ceci ou cela, dont nous n’avons pas besoin, comme si nous étions là comme consommateurs.

Pour ce problème très sérieux de la publicité envahissante à la télévision, – spécifiquement à la télévision d’État –, on a déjà dénoncé la concurrence déloyale que Radio-Canada, déjà financé par les deniers publics, fait ainsi aux diffuseurs privés qui, eux, n’ont pas d’autres ressources.

Ce qui n’a pas été dénoncé par contre, et que je dénonce ici, c’est la concurrence déloyale que Radio-Canada, et particulièrement le téléjournal (les nouvelles officielles de la télévision nationale), font aux commerçants, produits, offres, firmes petites et grandes qui n’apparaissent pas dans ces publicités, alors que leurs compétiteurs sont annoncés, sur un financement partagé avec nos mêmes deniers publics. C’est comme si nous, les citoyens et payeurs d’impôts, soutenions en partie tel commerçant ou produit plutôt que tel autre, cela même sans avoir été consultés, comme si Radio-Canada et nous étions parties prenantes de ces publicités.

Je comprends qu’il puisse s’agir là d’une pratique possible dans un pays capitaliste, mais est-ce bien légitime, voire légal, dans un pays démocratique et soucieux d’équité?

Louis Laurencelle

Trois-Rivières