Humaniser notre attention aux aînés

OPINIONS / Dans «La Libellule» de mai, j’ai partagé avec vous un texte de Frédéric Lenoir portant sur le plaisir et le bonheur. Le moment que nous vivons nous indique un passage obligé: nos aînés laissés pour compte dans nos CHSLD. Pas encore ça direz-vous! Ne pas y réfléchir démontrerait une insensibilité impardonnable. L’urgence est là, les initiatives se multiplient mais on risque peut-être de négliger l’essentiel: une présence aimante à nos aînés, celle qui va au-delà d’une simple attention médicale. «Ce qui fait la valeur d’une vie n’est pas la quantité de choses qu’on y a accomplies, mais la qualité de présence qu’on aura placée dans chacune de nos actions.»

Le témoignage de Frédéric Lenoir, auteur trop méconnu, raconte qu’après son bac il s’est engagé dans une action humanitaire aux Indes, à Calcutta, dans un mouroir fondé par Mère Térésa. La logistique, l’ordre, les tâches administratives, les horaires, le fonctionnement était parfait. Les personnes mourantes allongées sur des nattes recevaient toutes sortes de soins mais ce n’était pas ce qui les réconfortait le plus. Un matin, il a eu envie de s’arrêter, s’approcher d’un homme mourant, lui prendre la main, lui parler, même s’il ne comprenait pas le français. Peu importait, il établissait une relation. Il massa sa tête, sa nuque, ses épaules, son visage. Leurs yeux ne se quittaient pas, des larmes ont coulé le long de ses joues creusées. Il sentait monter en lui une joie qu’il a transmise peu à peu à l’homme mourant. Après cet épisode, il a demandé au responsable de le décharger de certaines activités matérielles pour pouvoir offrir aux malades sa seule présence.

Beaucoup d’autres sentiers sont à explorer. Sans nécessairement changer les ratios, y ajouter quelques assaisonnements: un sourire adoucit l’amertume d’un remède; lors d’un déplacement, une explication du geste à réaliser soulage la douleur d’une posture incommode; quelques mots d’encouragement; un cri de confiance vers le Dieu de bonté; une allusion à leur famille, aux petits-enfants surtout; un simple bonjour! Bonsoir! Bonne nuit! À demain! Cette attention réelle, chaleureuse, ne remplace en rien les soins nécessaires mais crée des liens et prédispose à la guérison.

Les «urgences» exigent… c’est vrai, et félicitations au personnel qui tient bon, mais humaniser la relation est davantage une question d’attitude que de temps: un regard aimant, une voix calme, un geste doux, etc. Cette attention vraie adoucirait l’obligation de séjourner dans un CHSLD, lieu où il ferait bon y finir ses jours puisqu’on y respirerait L’AMOUR.

Lucie Larouche, Trois-Rivières