Le projet de lab-école de Ricardo Lavallée, Pierre Thibeault et Pierre Lavoie poursuit le rêve d’école physique mieux adaptée aux temps modernes.

Humaniser l’école, un rêve ou une utopie?

OPINIONS / Beaucoup de mouvement autour de l’école actuellement, beaucoup d’interrogations, beaucoup de réflexions, beaucoup de commentaires et des actions trop souvent incohérentes partant du ministère de l’Éducation jusqu’aux services à l’élève dans la classe. Bien sûr, la loi 40 qui ne fait pas consensus, la négociation collective qui risque de traîner en longueur et à éloigner les parties, le projet de lab-école de Ricardo Lavallée, Pierre Thibeault et Pierre Lavoie, qui poursuit le rêve d’école physique mieux adaptée aux temps modernes, le contenu du cours d’éthique et culture religieuse qui ne rallie pas les gens, etc., beaucoup de défis à relever.

Heureusement et simultanément, des expériences novatrices se matérialisent de façon isolée par certains maîtres et certaines écoles qui osent changer les choses pour rendre l’école plus invitante, plus harmonieuse, plus stimulante, plus humaine pour l’enfant.

J’ai travaillé dans les écoles pendant trente-quatre ans comme enseignant, directeur de service, conseiller pédagogique et directeur d’école et je sais pertinemment que chacun des acteurs s’y donne de tout son être pour que chaque élève puisse grandir selon ses aspirations et son potentiel. Je trouve cependant que l’école actuelle vieillit mal, qu’elle s’adapte avec difficulté aux exigences et à la technologie en rapide évolution, qu’elle prend du retard sur d’autres domaines de notre société contemporaine, que 25 % de ses enseignants quittent la profession dans les cinq premières années, enseignants non suffisamment reconnus, valorisés et responsabilisés dans leur profession.

Les principaux indicateurs de cette transition lente et ardue sont le taux de décrochage scolaire qui est toujours trop élevé, un taux élevé d’élèves qui s’ennuient à l’école, qui la trouvent plate, un écart important qui se creuse de plus en plus avec ceux dits performants et ceux non performants soit en apprentissage ou en comportement.

Et cet écart se traduit dans la classe avec des disparités d’élèves difficiles à gérer par les enseignants. À trop se préoccuper d’élèves dits en difficulté, le maître ne peut offrir la même présence de qualité à ceux qui ont droit d’apprendre et de développer leur potentiel. Et c’est dans la classe que l’éducation s’opérationnalise à travers une animation de cours de qualité, des rapports affectueux élèves-élèves et maître-élèves et une ambiance favorable, sécuritaire et stimulante pour l’apprentissage.

Pour un mieux-être et un mieux devenir des jeunes, notre principal actif humain et notre relève, le temps est venu de définir et de faire consensus (tous les acteurs concernés dont l’élève) sur une vision claire de ce que nous souhaitons comme école. On la souhaite stimulante, créatrice, paisible, joyeuse, et affective.

Le temps est venu de clarifier la mission de l’école, de la partager et de s’entendre sur le comment mettre en œuvre cette mission, de se donner les moyens pour que l’école du Québec devienne vraiment un riche jardin d’apprentissage pour notre jeunesse. Le nouveau lab-école souligné ci-haut se veut davantage axé sur un riche environnement physique, un lieu moderne qui suscite les saines habitudes de vie par une saine alimentation et la pratique régulière d’activités physiques. Dans ce lab-école, l’aspect humain y est peu développé.

Oui l’école a besoin d’amour! Oui, la priorité de l’éducation doit s’actualiser à partir du gouvernement, non seulement dans le discours mais aussi dans l’action et les moyens appropriés pour l’atteinte des objectifs! Oui la priorité de l’éducation doit aussi être prise en charge par tous les acteurs concernés: les universités en formation des maîtres, les syndicats, les associations professionnelles, les directions d’école, les parents, les maîtres et les jeunes! Et un large consensus doit se dégager de tous les acteurs pour la réussite de l’opération.

À la lumière des connaissances glanées un peu partout sur notre planète, de mon expérience d’éducateur, je suis convaincu que l’humanisation des institutions scolaires doit devenir le cœur de l’école nouvelle, stimulante pour l’ensemble de nos enfants, voire pour le développement de leur potentiel. Cette démarche contribuera à une société meilleure et mieux adaptée à la réalité moderne.

M. Gilles Noiseux, enseignant à l’Université Laval, déclarait il y a quelques années: «si l’affectif ne passe pas entre un maître et l’élève, il n’y a pas d’apprentissage». L’affectif doit donc se situer au centre de toutes les relations et actions dans la mise en œuvre de l’école nouvelle. Si nous étendions ce principe à tous les agents d’éducation, des ministres, aux gestionnaires, aux parents, aux directions, aux maîtres jusqu’aux élèves, l’école optimiserait ainsi son rôle éducatif de la jeunesse.

Alain Guilbert

Nicolet