Honorer l’impossible

L’auteur, Capt. Nicolas Rivard, est aumônier du 12e Régiment blindé du Canada (milice) à Trois-Rivières.

La vie, sur notre planète, implique son lot de tragédies. La nature elle-même nous rappelle notre fragilité. Trop de froid ou trop de chaud et nous pouvons perdre notre propre vie. Maladies, virus, accidents, désastres naturels s’ajoutent à ces catastrophes.

Mais les tragédies les plus abjectes, inadmissibles, sont celles que nous créons. L’une d’entre elles est la guerre. Et pourtant elle existe, et se manifeste de façon ininterrompue depuis que nous existons. Par protection, agression, mésentente, ressentiments, impulsivité, désir de pouvoir, protection, elle existe.

Le jour du Souvenir, célébré dimanche dernier, commémore la fin de la Première Guerre mondiale en 1918. Pour cette occasion, on a pu voir un peu partout des gens qui portaient le coquelicot rouge. Car durant la Première Guerre mondiale, ces plantes se mirent à pousser dans des endroits inusités, dont les Flandres, où elles ne poussaient que très rarement. En effet, les bombardements créèrent d’importantes quantités de poussière de chaux qui, se mêlant aux sols crayeux de la région, donnèrent un sol propice à ce que la fleur se développe pour une courte période.

Je constate que certaines personnes ressentent un malaise à porter ce symbole, l’associant à la guerre. Cela me rappelle la nécessité de justement se souvenir, de porter un intérêt à notre histoire. Pour ainsi rétablir la véritable symbolique de ce jour, la fin de la guerre et non pas sa promotion. L’honneur porté aux soldats qui ont donné leur vie, soit plus de 117 000 Canadiens qui, à ce jour, ont fait ce sacrifice.

Certes, en 2018 les réalités politiques internationales sont plus complexes. Il est parfois difficile de comprendre la finalité et le but des interventions militaires. Certains critiquent les enjeux économiques ou les aspirations néo-colonialistes des pays occidentaux. D’autres se montrent dubitatifs devant le recrutement de jeunes hommes ou femmes qui ne comprennent pas toujours les risques de la carrière qu’ils choisissent.

Je crois que c’est précisément une raison de respecter le jour du Souvenir, cette liberté fragile, dont nous jouissons. Nous avons toutes les libertés de critiquer nos élus, contester leurs choix en matière de politique nationale et internationale. Nous pouvons débattre ouvertement, même si cela nous semble parfois sans issue.

Cette liberté critique, nous la devons, entre autres, aux hommes et femmes qui acquiescent à faire le sacrifice ultime, qui s’engagent à une responsabilité illimitée. Qui eux-mêmes mettent de côté leurs préférences idéologiques, politiques et personnelles pour servir, parfois pour des causes qu’ils n’endosseraient pas.

Le jour du Souvenir est une occasion de se rappeler que nous pouvons à la fois honorer ceux qui se donnent entièrement envers leurs concitoyens, tout en vivant de façon critique et démocratique. D’honorer ceux qui, volontairement, mettent en pause leur propre liberté pour garantir la nôtre.