Le pape François a subi les foudres des médias et surtout celles des utilisateurs de médias sociaux pour avoir «recommandé (sic) la psychiatrie pour les enfants aux penchants homosexuels».

Homosexualité et psychiatrie: le pape François a été jugé sur un titre et non sur le fond de sa pensée

Le pape François a subi les foudres des médias et surtout celles des utilisateurs de médias sociaux, ce lundi matin, pour avoir «recommandé (sic) la psychiatrie pour les enfants aux penchants homosexuels». Honnêtement, je crois que ce tollé eût été justifié si le pape avait dit ce que les grands titres laissaient entendre. Mais il ne s’agit pas de cela. Avant de lancer la pierre, il convient de creuser un peu le fond de la pensée du pape au sujet de l’homosexualité, et en particulier ce qu’il a dit précisément dans l’avion qui le ramenait de Dublin à l’issue du Congrès mondial des familles.

Le contexte est à prendre en compte ici: le pape revient d’un séjour en Irlande, un pays à très forte majorité catholique où les transitions culturelles et sociales actuelles concernant la place de la religion ressemblent un peu à celles vécues au Québec dans les années 1970 et 1980. Ces changements y sont rapides et radicaux. En quelques années à peine, le mariage entre personnes de même sexe et l’avortement viennent d’y être légalisés après référendum. Le divorce? En 1993. C’est dans ce contexte social, donc, que la question est posée par un journaliste hispanophone qui lui présente la situation d’un père dont l’enfant viendrait de lui confier son homosexualité. Que lui conseillerait-il?

Entendons-nous, il s’agit d’une question d’ordre pastoral. On ne demande pas au pape un traité théologique ni une position officielle de l’Église (qui est bien connue par ailleurs) et encore moins un avis médical. C’est une réponse de pasteur que donne François, ce qu’il fait souvent et sur de nombreux sujets, car c’est sa façon à lui d’exercer sa fonction dans l’Église: comme un pasteur. On lui demande donc: que dirait-il en tant que pasteur catholique à un père de famille catholique qui le consulterait au sujet d’une inquiétude sur l’orientation sexuelle de son enfant. Car en effet, cela inquiète encore certains parents.

Ce que le pape a dit

Que répond le pape François? D’abord: «Je lui dirais, à ce papa, premièrement de prier, ne pas condamner, dialoguer, comprendre, donner une place au fils ou à la fille, donner une place pour qu’il s’exprime.» Vient ensuite ce passage: «Et puis, à quel âge se manifeste cette inquiétude de son fils? C’est important. C’est une chose quand cela se manifeste dès l’enfance, il y a beaucoup de choses à faire par la psychiatrie, pour voir comment sont les choses». Fait à noter: la référence à la psychiatrie a été retirée de la transcription officielle livrée par le bureau de presse Vatican, afin de ne pas altérer la pensée du pape, a-t-on pu apprendre par la voix de l’AFP. C’était, littéralement, le mot de trop.

On peut trouver facilement en ligne la suite de sa réponse qui va comme suit: «Ignorer son fils ou sa fille qui a des tendances homosexuelles est un défaut de paternité ou de maternité. Tu es mon fils. Tu es ma fille. Comme tu es. Je suis ton père ou ta mère: parlons. Et si vous, père et mère, vous ne comprenez pas, demandez de l’aide. Mais toujours dans le dialogue. Parce que ce fils ou cette fille a droit à une famille. Et sa famille qui est-elle? Ne le chassez pas de la famille. C’est un défi sérieux fait à la paternité et à la maternité.»

Ce que le pape n’a pas dit

Cette réponse parle d’elle-même. Ce qu’il faut reconnaître, c’est que le pape n’a pas dit: «Il faut envoyer les enfants homosexuels se faire soigner en psychiatrie.» Il n’a pas non plus qualifié l’homosexualité de maladie mentale. C’est pourtant ce que les grands titres publiés laissaient entendre, choquant une grande partie de la population, à juste titre. Certains analystes ont toutefois fait remarquer que le terme psychiatrie, dans la culture de l’Argentine (pays originaire du pape François), pouvait aussi bien référer à la psychanalyse ou à d’autres formes d’accompagnement psychologique associées. Et en lisant bien la réponse du pape, il est clair qu’il «recommande» aux parents qui ne comprennent pas (leur enfant homosexuel) d’aller chercher de l’aide.

Le fond de sa pensée

En fait, alors qu’il parle de dialogue, d’accueil et de compréhension, on a voulu lui attribuer des propos associés à la condamnation et au rejet. Croire qu’il ait voulu insinuer cela, c’est très mal connaître le pape François. En mars 2016, à l’issue du synode de l’Église sur la famille, le pape François a publié une exhortation apostolique intitulée «La joie de l’Amour» (Amoris Leatitia), sur l’amour dans la famille. Cette communication contient les mots «accompagnement» et «accompagner» une soixantaine de fois, et en vertu de toutes les situations qui peuvent intervenir dans la vie des familles d’aujourd’hui. L’accompagnement, c’est le mot d’ordre de François, dans son approche pastorale. Accompagner les familles sur le chemin de l’amour, accompagner toutes les familles sur le chemin de l’intégration dans la communauté chrétienne. Pour François, qui prend exemple sur Jésus de Nazareth, exclure et marginaliser sont des attitudes à proscrire en toutes circonstances.

Il me répugne de le dire, mais si l’on doit blâmer quelqu’un ou quelques-uns pour le tort causé aux personnes de la communauté LGBT dans cette controverse, c’est malheureusement les personnes qui ont détourné la pensée du pape pour en faire des titres à sensation. En laissant croire que le pape prône le traitement psychiatrique d’enfants ou d’adultes homosexuels, on joue le jeu des mouvements radicaux qui militent pour cette approche pseudothérapeutique de l’homosexualité (comme si le pape l’entérinait), on détourne les croyants LGBT de l’accompagnement spirituel qui leur est pleinement reconnu (parce qu’ils se croiront marginalisés par l’Église), et on projette une image déformée de ce qu’est la véritable pensée du pape François à ce sujet: «Que chaque personne, indépendamment de sa tendance sexuelle, doit être respectée dans sa dignité et accueillie avec respect, avec le soin d’éviter ‘‘toute marque de discrimination injuste’’ et particulièrement toute forme d’agression et de violence. Il s’agit, au contraire, d’assurer un accompagnement respectueux des familles, afin que leurs membres qui manifestent une tendance homosexuelle puissent bénéficier de l’aide nécessaire pour comprendre et réaliser pleinement la volonté de Dieu dans leur vie» (Amoris Leatitia, no 276-277).

Jacinthe Lafrance

Responsable des communications, diocèse de Nicolet