Harcèlement au travail: les femmes sont aussi pénalisées à l’assurance-chômage

OPINION / L’auteur, Anthony Morin, est candidat à la maîtrise en service social et travaille comme agent de développement à l’organisme MASSE des Chenaux. Il habite Sainte-Anne-de-la-Pérade.

Structurellement, les femmes sont davantage à risque de glisser dans le cycle de l’appauvrissement en ce qui a trait à l’emploi. Des pratiques douteuses sont parfois utilisées par les employeurs comme la réduction d’heures de travail ou encore l’abolition de poste au retour d’un congé de maternité. Des pratiques légales, mais tout aussi révoltantes puisqu’elles mettent les femmes en situation de précarité financière, considérant les heures travaillées dans l’année nécessaire à l’admissibilité au programme d’assurance-chômage. Et c’est sans élaborer sur la condition des travailleuses saisonnières pour qui une grossesse se révèle davantage comme un parcours du combattant que comme un heureux évènement.

Rappelons également que ce sont les femmes qui majoritairement s’absentent de leur travail pour des raisons familiales ce qui peut mener à des répercussions néfastes, voire au congédiement. Preuve à l’appui, 80 % des sans-emploi qui quittent leur emploi pour des raisons familiales sont des femmes.

Un autre exemple criant de la problématique de l’accès au chômage pour les femmes est celui des départs volontaires chez les victimes de harcèlement, d’abus, ou encore de violence à caractère sexuel au sein de leurs milieux de travail. Faut-il encore rappeler les statistiques qui illustrent que la très grande proportion des victimes de ces crimes sont des femmes et que les hommes en sont les agresseurs à 96,8 % du temps. Quelques esprits vifs auront tôt fait de s’exclamer: «Elles n’ont qu’à démissionner et à se trouver un autre emploi!» Plus facile à dire qu’à faire!

Bien que les dispositions de la loi sur le chômage prévoient ce cas de figure en jugeant cette raison comme valable comme motif de départ volontaire, il incombe toutefois à la victime de démontrer que la démission demeurait la seule solution envisageable. La victime, déjà ébranlée et fragilisée par la situation, parfois désireuse de garder le silence, se voit contrainte au non-choix de continuer de subir ou de quitter son emploi rapidement, avec des répercussions financières importantes, sans avoir accès au chômage et avec une employabilité entachée d’un départ volontaire difficilement explicable. Car, cerise sur le gâteau, l’assurance-chômage priorise d’emblée la version de l’employeur dans les cas de départs volontaires. Dans les situations où employeur rime avec agresseur, il y a de quoi se questionner sur la pertinence de cette procédure.

Même dans le cas d’une dénonciation, la victime se voit contrainte de raconter encore et encore son histoire, avec les détresses émotionnelles et psychologiques que cela peut apporter, en revivant sans cesse, en parole ou par écrit, la violence qu’elle a subie. C’est 43 % des femmes, contre 12 % des hommes, qui déclarent avoir subi du harcèlement au travail. C’est trois fois plus (Korzinski, 2018). Cependant, il est important de rappeler qu’il existe une foule de ressources d’aide et de ne pas rester seule dans ce genre de situation.

La problématique est d’origine historique et structurelle, symptomatique d’une société qui tarde à s’adapter au changement de paradigmes dans la lutte à l’inégalité.

Heureusement, certains groupes continuent le combat pour faire changer les choses. J’ai découvert dernièrement une campagne qui vise à améliorer l’accès aux prestations de chômage, portée par de nombreuses organisations syndicales et de défenses des chômeurs et chômeuses. Il est grand temps que le gouvernement s’ajuste aux réalités d’aujourd’hui vécues par les femmes à l’assurance-chômage.