Grinçante à souhait, cette pièce

Vient de passer, le 27 novembre, à la Salle Thompson, Manifeste de la Jeune-Fille de l’auteur et metteur en scène québécois Olivier Choinière. La pièce prend un peu la forme d’un défilé de mode où l’on ne cesse jamais de changer d’accoutrement.

Pourquoi ai-je pensé à cette phrase dite un jour par le poète Yves Boisvert? Aujourd’hui, je prends la résolution de penser à quelque chose. Pourquoi? Eh bien, parce qu’au cœur de cette pièce magnifique, c’est n’importe quoi…

Manifeste de la Jeune-Fille récupère tout ce qui se passe autour de nous aujourd’hui, tout ce qu’on entend dans les médias, toutes les modes du prêt-à-penser, du prêt-à-être et du cliché pour… les égaliser!

Défendue par les comédiens Raymond Cloutier, Stéphane Crête, Murielle Dutil, Joanie Martel, Catherine Paquin-Béchard, Sébastien René et Isabelle Vincent, Manifeste de la Jeune-Fille nous dit de grinçante façon que tout est à consommer dans ce grand vide que serait la vie, même de s’indigner et bien plus encore, d’avoir des émotions ou d’adopter un style de vie conforme à ses valeurs.

En fait, le système cannibalise entièrement quelque quête d’authenticité que ce soit, quelque engagement que ce soit pour en faire du divertissement, pour en faire de la complaisance, pour en faire des «to do list» et ainsi mieux nous conforter.

En fait, Manifeste de la Jeune-Fille énumère les multiples voies à adopter, choisir, pour faire semblant et entrer dans une sorte de société du spectacle; pour mieux démentir notre droit de mal aller et de prendre de travers une vie organisée, trop organisée.

On assiste pendant deux heures à un habile matraquage d’inepties en totale opposition à la véritable culture qui, elle, n’augmente pas ce que nous avons, mais ce que nous sommes.

Enfin, ça se termine dans un jouissif procédé de distanciation, de théâtre dans le théâtre où il s’agit de livrer un peu le générique de la pièce, ses actrices, ses acteurs et l’utilité que peut avoir la créativité.

On dit bravo du fond du cœur au passage de cette pièce montréalaise (Espace Go) à Trois-Rivières jouée, hélas, dans une salle insuffisamment remplie.

Réjean Martin

Trois-Rivières