L’élection provinciale qui vient, selon Jean-Claude Soulard, survient dans un contexte et dans une période marqués par des changements profonds. Quel avenir réserve-t-on à l’exercice de la démocratie?

Faudrait s’en rappeler

La démocratie. La formule d’Abraham Lincoln: «c’est le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple» est compréhensible.

Sinon, faudrait commencer par dire que la démocratie est un régime, une doctrine, un système puis développer comme dans un cours.

On n’arrive plus à dire que la démocratie porte une idéologie. Le mot est comme la chaise électrique. Il buzz trop et il tue. Pourtant, elle porte une idéologie. Et, non, on ne fera pas un cours. Surtout qu’on s’apprête à voter.

S’apprêter à voter. Ça sonne comme s’apprêter en sanglier pour se faire bouffer. Ciel!

On va voter bientôt. Pour ou contre un parti qui fera le gouvernement. Dans un temps démesuré de changements extrêmes.

En 2018, c’est une élection dont on pourra dire en 2038 qu’elle a accéléré – ou pas? – la mal-information et la mal-éducation de la population en continuant à l’anémier, à l’appauvrir de toutes les façons sans qu’elle s’en rende trop compte.

Mais on s’éloigne.

Au fait, on est arrivé à la démocratie comment? Pourquoi? Le parcours est trop long à expliquer dans un quotidien. On peut quand même essayer de voir un peu plus loin que «la démocratie s’exerce par le droit de vote». Vote qui, lui, exprimerait la volonté populaire. Celle du peuple. Mais le peuple existe-t-il encore? Et, la nation, elle, existe-t-elle toujours ? Au Québec. Alors, la volonté populaire… ouf!

La démocratie a été acceptée par les fameux ‘dividus (merci à Claude Poirier) pour une seule raison: la force de l’ensemble, plutôt que la division, pour améliorer les conditions de vie et de survie. Soyons généreux, ça c’est fait plus ou moins de 1945 à 1985. Mais de 1985 à 2018, les améliorations ont touché la population par fractions:

• une fraction minime – disons 10 % – en a profité pleinement;

• un autre 20 % s’en est bien tiré;

• et 70 % sont plutôt dans une étrange schnoutte (on remercie les gens de La Tuque pour cet idiome) – le nom d’une expression comme schnoutte – qui fait qu’on est mal, stressé, anxieux, angoissé, insatisfait, pessimiste, chialeur, colérique, «mal amanché», peu instruit, désabusé, cynique, cruel, déprimé…

La démocratie d’ici frôle les 80 ans. Pour un ‘dividu c’est proche de l’âge de mourir. Pour un régime, un système, c’est pas mal jeune. Surtout quand on sait que le capitalisme d’ici a 250 ans. Mais, comme tous les systèmes cependant, ça peut mourir drette-là, rapidement et sans prévenir.

Présentement, on a les ingrédients de la recette de sa disparition:

• on n’y goûte plus qu’à hauteur d’une personne sur deux;

• on ne sait pas pourquoi faudrait aller l’encourager en votant;

• en pleine ironie, c’est comme les syndicats, «les unions qu’ossa donne?»;

• on ne regarde pas la nature de qui on envoie en politique pour en recevoir des bénéfices. Et, on y réfléchit peu. Ça vote pour le moins pire. Ou pour la couleur;

• une fois rendus en politique, les élus de tous genres gouvernent avec les moyens disponibles dans l’incontournable économie de marché. C’est-à-dire tout ce qui marche avec du capital monétaire-financier;

• ça gouverne donc avec les règles des organismes supranationaux (Banque mondiale; Fonds monétaire international; Organisation mondiale du commerce);

• les supranationaux ont le pouvoir de passer des lois, c’est-à-dire le droit de légiférer par-dessus les gouvernements nationaux;

• faudrait connaître les niveaux de cadrage des gouvernements lorsqu’ils arrivent au pouvoir. Dans quoi sont-ils enserrés? Quelle est leur marge pour manœuvrer les budgets de nos argents?

On sait que l’argent dirige le pouvoir mais qui a le pouvoir de diriger l’argent? En principe ce devrait être un gouvernement.

Si la démocratie ne nous sert plus, elle disparaîtra. Et, ce qui suivrait serait encore pire. Une autocratie (chercher et trouver le terme aidera à comprendre) ça vous dirait? On est déjà dans une ploutocratie. Oui, je sais, le mot est rarement employé. C’est un gouvernement pour les plus riches.

Vous faire passer pour des ignares et vous priver ainsi de votre droit de vote ça vous irait? Un examen d’entrée pour pouvoir voter ce serait correct? Un test de QI? Ben sûr que non! Mais, ça circule. Faut faire attention au monde politique.

Porter attention pour voter. Ce serait plaisant que ça arrive. Parce qu’on n’est toujours pas en régime électoral proportionnel. Malheureusement.

Vite de même, en sortie de texte: la démocratie oblige à prendre nos parts de responsabilité. Ce qu’on ne fait pas beaucoup. D’en-haut comme d’en-bas. Y ont la peau dure en haut et on a la couenne molle en bas.

Jean-Claude Soulard

Trois-Rivières