Faudrait pas crier au loup

OPINIONS / La Cour supérieure a tranché récemment. Les gens atteints de maladie incurable et en état de grandes souffrances sans espoir de jours meilleurs pourront être éligibles à l’aide médicale à mourir même s’ils ne sont pas en phase terminale. On considère temporairement dans cette ouverture humaine certains cas de cancer, de sclérose en plaques, d’Alzheimer et autres troubles physiques majeurs à être déterminés.

Le gouvernement du Québec accepte heureusement le verdict dit supérieur et laisse entendre que d’autres élargissements pourraient même être apportés pour favoriser davantage d’acceptations au droit de mourir dans la dignité lorsque la maladie atteint le niveau d’une implacable agression. Ottawa devrait aussi emboîter le pas.

C’est un gros pas en avant pour notre société, encore récemment freinée par des considérations dépassées et la peur des précédents.

Bien sûr, des voix vont s’élever contre, poussées par des principes religieux aussi tenaces que discutables. Parmi les dissidents qui vont crier au scandale moral, il y aura beaucoup d’extrémistes de droite et de représentants de Dieu. Ces personnes qui contestent aussi l’avortement, le mariage des gens du même sexe, l’enseignement sexuel à l’école, le tutoiement et autres marques d’évolution dans notre façon de faire et notre manière d’être.

Personnellement, si j’en viens à cette situation où la douleur atroce et permanente va me pousser à implorer la fin autant pour moi que pour le fardeau financier de l’état et l’épuisement de mes proches, j’ose espérer qu’on pourra exaucer ma demande et me permettre de m’en aller avec un minimum de dignité. Parce qu’un jour ce sera mon tour et peut-être même celui de la majorité d’entre nous. Pourrait-on faire preuve d’humanisme et éviter de crier au loup?

Roger Matteau

Shawinigan