Les professeurs de l’UQTR ont été mis en lock-out par la direction du 2 au 15 mai.

Faisons disparaître à tout jamais l’utilisation du lock-out

L’auteur, Ghyslain Parent, est professeur titulaire au département des sciences de l’éducation à l’UQTR. Il adresse cette lettre au premier ministre du Québec, Philippe Couillard.

Comme vous le savez sans doute, récemment mes collègues et moi avons vécu une expérience malheureuse à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Sans aucun avertissement, la direction de notre université a posé un geste odieux. Entre le 2 mai et le 15 mai 2018, la direction a choisi d’utiliser le plus cruel des moyens pour faire souffrir ses travailleurs en les privant de leur pain quotidien. Comment accepter que notre recteur, qui recevait et reçoit son salaire de la même provenance que le mien et celui de mes collègues, ose nous faire une chose qu’aucune autre université connue n’a osé faire en plusieurs siècles d’existence.

Bien sûr, en 2008, notre petite université avait osé nous lockouter les jeudi, vendredi et samedi saints et le dimanche de Pâques. Ces sauvages gestes faits par la direction en 2008 avaient laissé tellement de traces, blessures et colères que nous avions pensé que plus jamais une université n’oserait porter à nouveau la honte de mettre ses professeurs-chercheurs en lock-out. Mais notre direction actuelle n’avait pas compris tous les enjeux éthiques liés à l’utilisation d’un moyen qui n’existe pas dans d’autres pays civilisés. Des contacts internationaux que j’ai eus avec des collègues belges au cours des derniers jours montrent clairement que ceux-ci sont outrés par le lock-out qui a paralysé l’enseignement dans notre université et qui a empêché des centaines, voire des milliers de chercheurs à remplir les contrats et engagements éthiques de recherche.

En effet, en plus des professeurs-chercheurs, de nombreux étudiants gradués se voyaient contraints de cesser toutes leurs responsabilités en lien avec des protocoles de recherche. Il en est ainsi pour les services à la collectivité qui furent non donnés par des professeurs engagés à rendre le monde plus beau.

Mes amis belges m’ont certifié que le terme lock-out ne faisait pas partie de l’univers du travail de la Belgique et ils considéraient inadmissible qu’un «pays» comme le Québec utilise des moyens d’une telle envergure pour punir des travailleurs. C’est bien d’une punition qu’il s’agit.

J’ai souffert pendant ce lock-out. J’ai vu de jeunes professeurs en plus grande souffrance. J’ai dû en soutenir, les écouter et comprendre leur désarroi. Certains craignaient de perdre leur maison si ce fameux lock-out perdurait. L’anxiété, la peur, la colère venaient les envahir. La perte de la nécessaire confiance envers leur direction ne sera pas éphémère et il sera difficile pour eux de rebâtir les ponts. Certains éviteront de croiser leurs boss dans l’université. Des doutes demeurent. Certains se posent la question: «Est-ce qu’un jour, notre direction osera avoir recours, une autre fois, à cette arme ultime qui consiste à couper les vivres, le lien d’emploi et l’apparente sécurité dont pourrait jouir un travailleur permanent qui donne ses forces vives à son employeur depuis de nombreuses années?»

Le cauchemar que nous venons de vivre semble bien avoir été compris par la ministre Hélène David. Elle a sûrement lu les deux offres patronales et compris que jamais un professeur qui se respecte n’accepterait de signer un contrat de travail qu’elle-même, comme professeure d’université, n’aurait jamais accepté. Si j’ai bien compris, cette ministre de votre gouvernement avait désavoué le lock-out, le recteur et le conseil d’administration. C’est ce que les journaux m’avaient dit.

Ce cauchemar a fait réaliser à l’ensemble des collègues de notre université que le lock-out était inacceptable dans une société civilisée. À cet effet, je vous invite à faire des pressions auprès des acteurs décisionnels du ministère du Travail afin qu’ils prennent tous les moyens pour bannir l’utilisation du lock-out du paysage du travail pour l’ensemble des employeurs du Québec. En effet, les quatorze jours de lock-out que nous venons de vivre nous ont sensibilisés à l’abus de pouvoir qu’utilisaient d’autres employeurs, de notre région et ailleurs au Québec, pour humilier, asservir honteusement et mater leurs travailleurs en les volant de plusieurs milliers de dollars. Quelle honte!

Vous le savez, les hommes et les femmes d’honneur doivent s’unir pour faire cesser la misère et faire en sorte qu’aucun travailleur ne souffre des mauvaises décisions d’un employeur. En ce sens, il est urgent que le gouvernement du Québec adopte des lois pour bannir le pire élément de torture qu’est le lock-out. Je vous invite à m’aviser de vos efforts pour contrer et faire disparaître à tout jamais l’utilisation du lock-out.