Le docteur Mauril Gaudreault, président du Collège des médecins, a longtemps travaillé en CHSLD. Il salue ici le travail des médecins qui s’y dévouent.
Le docteur Mauril Gaudreault, président du Collège des médecins, a longtemps travaillé en CHSLD. Il salue ici le travail des médecins qui s’y dévouent.

Exercer en CHSLD: un travail de l’ombre à mettre en lumière

Carrefour des lecteurs
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Le Nouvelliste
OPINIONS / L’auteur, Mauril Gaudreault, est président du Collège des médecins du Québec.

Alors que certaines de leurs façades sont placardées d’arcs-en-ciel, nous savons tous que la réalité est loin d’être rose actuellement dans les CHSLD. Qui d’entre nous n’a pas vu les reportages journalistiques à ce sujet, entendu les cris du cœur du personnel à bout de souffle et écouté les témoignages poignants de proches aidants inquiets du sort de leurs parents?

Le portrait qui nous est dépeint des centres d’hébergement et de soins de longue durée n’a rien de bien positif à l’heure actuelle. Cependant, tout n’y est pas sombre. Il est essentiel de mettre en lumière le travail de personnes exceptionnelles, médecins, infirmières, préposés et tant d’autres employés qui s’y dévouent avec passion et professionnalisme depuis des années.

J’en sais quelque chose… En tant que médecin de famille, j’ai œuvré pendant une vingtaine d’années dans un CHSLD. Tous les lundis, je m’y rendais pour visiter des patients que j’avais autrefois suivis en clinique, puis à domicile, et qui vivaient leurs dernières années en centre d’hébergement. Ces patients, j’avais appris à les connaître ainsi que leurs proches, et je me sentais privilégié de les accompagner jusqu’à leur dernier souffle. La complicité s’était développée au fil des années, autant avec ces familles qu’avec l’ensemble du personnel, «tissé serré» dans ce type d’établissement.

Il y a quelque chose de profondément humain dans l’accompagnement de ces patients plus âgés qu’il n’est souvent plus possible de guérir, mais que l’on peut encore soigner, avec patience, empathie et chaleur humaine.

Entendons-nous, aucun médecin n’exerce en CHSLD par soif de prestige, pour récolter les honneurs ou la gloire. L’environnement de travail est loin des infrastructures modernes des grands centres hospitaliers universitaires. Au quotidien, les petits «miracles» qui s’y vivent, les prouesses de débrouillardise, les ballets bien coordonnés de soins qui s’y déroulent, sont invisibles aux yeux du grand public et des médias, mais ils n’en sont pas moins extraordinaires.

À l’heure où une tempête secoue plusieurs de ces milieux, je tiens à saluer le dévouement des médecins qui font carrière en CHSLD. Ces médecins qui sont souvent de garde un jour sur deux, parfois 24 heures sur 24, et qui ne comptent plus leurs heures depuis bien longtemps.

À ceux qui prennent le temps nécessaire avec les patients et leurs familles, même en cette époque où la vitesse est valorisée.

À ceux qui travaillent dans des conditions difficiles sur lesquelles ils n’ont pas toujours le plein pouvoir, que ce soit le manque d’équipement, le manque de ressources ou un ratio professionnel-patient parfois très exigeant.

À ceux pour qui les mots «collaboration interprofessionnelle» et «travail d’équipe» sont des principes bien concrets.

À ceux qui n’ont jamais baissé les bras devant l’intensité des besoins ni devant la complexité des cas à traiter.

À vous tous qui avez maintes fois prouvé votre résilience et votre dévouement, merci d’être là plus que jamais, auprès d’une population vulnérable qui mérite les meilleurs soins possible, durant la pandémie comme en tout temps.

J’espère que nos étudiants en médecine seront inspirés par ce volet humaniste de la profession médicale, qui revêt encore plus d’importance dans le présent contexte d’urgence sanitaire.

Les défis sont nombreux en CHSLD, mais certainement stimulants pour nos médecins de demain. Bien sûr, il s’agit d’un travail de l’ombre, mais si valorisant et enrichissant sur le plan humain et professionnel qu’il mérite pleinement sa part de lumière.