Éthique et culture religieuse: mauvaise décision

OPINIONS / J’avais résolu qu’il n’y avait rien à dire ou plutôt qu’il valait mieux se taire. Heureusement qu’il existe des gens dont l’intolérance est telle que le scandale et l’injustice de leurs propos réveillent le silence dans lequel on s’était vu emmuré et incite à la résurrection des moribonds.

En réaction à la lettre de Ghyslain Parent intitulée «Une bonne décision», publiée dans notre édition du samedi 11 janvier.

Le programme d’Éthique et culture religieuse (ECR) sera rayé du curriculum scolaire. Enfin! se réjouit le très entendu lobby antireligieux. Tout est dit. C’est vrai qu’il sera éventuellement remplacé par une vague formation à la citoyenneté sans dissidence, à l’obéissance aux lois sans effort ni objection de conscience, à l’utilisation du condom et à l’évitement des ITSS car elles coûtent beaucoup d’argent. Encore là tout est dit et je suppose que le silence est d’or. Voilà pour le programme d’ECR qui était déjà assez mort, il me semble.

Eh bien ce n’est pas encore assez car il se trouve encore quelques croque-morts ou même un certain titulaire s’improvisant du métier pour mordre les quelques ossements restants. «Ayant hautement réfléchi aux dangers et aux abus des religions, j’en étais venu à la conclusion que le volet religion devait totalement disparaître de l’école», avance Monsieur Ghyslain Parent dans les pages de ce journal.

«J’ai pu prendre conscience que dans les écoles, (…) des enseignants du primaire et du secondaire en profitaient toujours pour y faire un enseignement religieux». Quelle mauvaise foi! Pourquoi n’avez-vous pas aussi pris conscience que bien davantage d’enseignants ne faisaient ni éthique, ni religion, ni culture religieuse? Que ce programme obligatoire n’est pas donné à tous les niveaux, ni à tous les élèves, ni dans son entièreté? Que nombre de directions d’école le sacrifie presque entièrement? Votre biais est tellement grossier et votre analyse tellement partiale que même la supposée consultation du ministère à ce sujet semble de la vérité!

«Bien des parents et des familles sont entrés dans ‘‘le siècle des Lumières’’ […] et ont sorti toute bondieuserie de leur vie», nous instruisez-vous finalement. Voilà un propos qui cache assez mal l’intolérance du Mouvement dont vous faites partie. Simple rappel historique, le fameux siècle des Lumières a connu les horreurs la Révolution avec sa terrible répression, la politique de la Terreur appelée aussi la Grande Peur dans les campagnes, et, pour faire une histoire courte, la décapitation de Lavoisier. «La République n’a pas besoin de savants», aurait-on répondu à ce dernier, emprisonné, et qui voulait terminer une dernière expérience… Faire la lumière soit, mais la faire toute éclaire mieux.

Il n’est pas intellectuellement honnête, surtout pour un universitaire, de biaiser tellement l’éclairage sur les aspects négatifs de la réalité religieuse – que personne ne nie maintenant – pour qu’il recouvre entièrement d’ombre et même d’obscurité les bienfaits tout aussi réels portés par les religions. La lumière est la seule révolution dont on a besoin; celle de l’intelligence et de la tolérance qui ouvre la discussion – éternellement – sans écraser l’opinion de l’autre, sans vouloir confiner, faire taire ou disparaitre sa croyance et ses symboles. À la lumière de ce siècle, il faudrait joindre la lumière de la vie spirituelle et parler avec intelligence de ce que les religions ont apportées à nos cultures. Une douce lumière, qui n’aveugle pas et vers laquelle on peut se tourner librement pour éclairer sa vie, son travail, chaque geste posé en vue du bien, du vrai et du beau.

Ainsi, refuser à la jeunesse la richesse de l’éclairage intellectuel, philosophique, moral et spirituel des religions est un obscurantisme indigne d’une civilisation. Et certainement le plus mauvais choix en éducation.

Alain Brochu

Sainte-Ursule