Et si on parlait de paix?

Et si on parlait de paix?

Selon le dictionnaire, le mot «paix» peut porter plusieurs chapeaux. Il peut désigner la situation d’un pays qui n’est pas en guerre, ou encore, l’état de concorde entre les membres d’une nation. Il peut signifier aussi, une absence de bruit, un état de calme intérieur ou une tranquillité d’esprit. Sous une forme secondaire, il peut se décliner par: faire la paix, paix de Dieu, paix des braves et beaucoup d’autres vocables.

Le 11 novembre, nous avons souligné le centième anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale. Ce conflit terrible, rappelons-le, a fait plus de dix millions de pertes de vie, sans compter la tristesse de ceux qui ont perdu un père, une mère, un fils, une fille, un amoureux, une amoureuse, un ami, un parent.

Dans ce contexte cruel, sanglant et mondial, l’être humain s’est enlisé dans la barbarie, oubliant complètement le sens du mot «humain», en le massacrant dans tous les sens. L’amour entre les hommes avait fait naufrage sous une musique de haine, engloutissant avec lui tout espoir de réconciliation. Le soleil, assombri par la fumée haineuse des canons infatigables, en avait perdu sa couleur, sa chaleur. Les salves infernales des mitraillettes se répondaient entre elles, semant un désespoir innommable dans la tête de ces jeunes soldats. À bout de souffle, complètement ruiné de tous ses éléments, un des belligérants fut soumis à l’armistice. La paix fut ainsi rétablie, mais beaucoup trop sommairement. La suite, nous la connaissons tous, comme si les guerres étaient cycliques.

Au début des années 1970, à la fin de la guerre du Vietnam, un bon nombre d’aviateurs de l’aéronavale américaine étaient à la recherche d’un emploi. Le hasard, voire la chance, me fit rencontrer un jeune pilote issu de cette guerre. Skip, de son prénom, avait été embauché par une compagnie d’aviation albertaine. Il nous avait été désigné comme responsable de vol sur un hélicoptère, à partir de la base de Kuujjuarapik dans le Grand Nord.

En hiver, dans ce coin de territoire, les nuits n’en finissaient plus de finir. À son arrivée, Skip n’était pas très bavard, mais avec le temps, il me délivra certaines bribes reliées à son affectation au Vietnam. Je gagnai vite sa confiance. Il lui était très difficile d’analyser les germes du conflit, tout en étant contraint d’y participer par la loi. L’Américain avait perdu beaucoup de ses frères d’armes lors de périlleuses missions et son regard s’assombrissait toujours lorsqu’il évoquait la violence des campagnes dévastatrices.

Cet homme m’a fait réaliser l’importance de la paix, pourtant si fragile. Serait-elle une utopie? À voir le comportement de nos voisins du Sud qui cultivent l’intolérance, voire le fascisme, je suis porté à croire que le calme perd du terrain. Le délire de leur politique raciste attise les charbons de la haine et sème les graines de l’insécurité, tout en ravageant la ferveur de la concorde. Le chaos fait place à la vie paisible et l’insécurité domine les esprits, naguère sereins. La paix mérite plus d’ouverture, plus de sollicitude. Pourquoi nos gouvernements ne forment-ils pas un ministère de la Paix?

Au Canada, ma génération n’a pas connu la guerre. Souhaitons-nous qu’il en soit ainsi pour longtemps, car n’est-il pas factuel d’apprécier quelque chose, ou quelqu’un, souvent beaucoup plus, quand on le perd.

Claude Trahan

Shawinigan