La commission parlementaire portant sur le projet de loi 21, s’est ouverte, la semaine dernière. L’auteur de ce texte estime que beaucoup de choses ont été dites, tant par les «pour» que par les «contre», avec et sans le sens de la formule langagière qui frappe.

Et si on parlait de «modélisation»

OPINIONS / Oui! De modélisation culturelle. Quand on prend quelqu’un comme modèle parce que sa personne-personnalité-personnage nous a marqués. Ça arrive, de façon notable à l’école. Primaire, secondaire et, ça s’est déjà vu, au collégial ou à l’université.

C’est plus fort qu’une influence. Parce que ça génère une pulsion, une passion, une adhésion. Aux manières d’être, de faire, de voir, de penser, de réfléchir, de s’exprimer, d’aborder des situations à problèmes et leurs éventuelles solutions.

La semaine dernière, en commission parlementaire autour du projet de loi 21, portant sur la laïcité, tout – ou presque, préservons-nous d’une généralisation – a été entamé. Autant par les «pour» que par les «contre». Avec et sans le sens de la formule langagière qui frappe.

À retenir: «il n’y a pas de droit à l’exhibitionnisme religieux»; «ce projet de loi va faire augmenter les divisions et les tensions sociales»; «on cherche toujours le motif supérieur à inclure les enseignants»; «si vous me convainquiez qu’un seul enfant est à risque devant le port de signes religieux, j’endosserais votre projet».

À titre d’exemple, il serait peut-être utile de noter qu’au temps des profs «porteurs de robes» (sœurs, frères, prêtres, abbés, moines, pères), le recrutement-renouvellement des effectifs allait plutôt rondement. Les novices (postulants) ne manquaient pas… Ils et elles provenaient de leurs rangs scolaires.

Des amis, de la parenté, des voisins, ont choisi la robe religieuse parce qu’ils avaient été marqués par un prof particulièrement. Ils y avaient rêvé. On s’entend probablement pour signaler que personne au Québec ne se réveillait – ni se réveille encore – la nuit pour penser que «plus tard, je deviendrai professeur laïc». Le pouvoir de la modélisation passe par l’étalage extérieur de signes caractéristiques.

Que ce soit au Petit Séminaire (on y formait des futurs prêtres) de Trois-Rivières ou à Pointe-du-Lac où on trouvait des Frères de l’instruction chrétienne, pour parler de Trois-Rivières, la question de la relève ne se posait pas. L’adhésion tacite suffisait.

À propos des enfants jeunes et plus vieux: on n’a jamais autant de capacités cérébrales-intellectuelles que durant cette période cruciale de vie. C’est fou ce qu’on peut apprendre, ingérer, digérer, restituer.

À l’âge d’une perméabilité certaine aux modèles qui sont présentés, il serait rassurant de voir et constater que, là aussi, il n’y a toujours personne qui se réveille la nuit pour rêver de devenir «pratiquante religieuse» en raison d’une fréquentation non choisie de personnes arborant des caractéristiques religieuses apparentes. Ici, en l’occurrence, des profs qui pourraient représenter à ce point le symbole de l’autorité.

Pour l’avoir déjà écrit, du côté du port des signes religieux, et surtout à l’école: soit ce sont tous les profs qui affichent leur appartenance religieuse ou irréligieuse, soit aucun.

«L’État est neutre, les individus sont libres». Vraiment? Sont donc libres de choisir entre leur foi religieuse (et le port obligatoire – ça me fait tout drôle d’écrire cela – de signes extérieurs) et leur foi civique en tant que citoyen. Surtout quand on parle ici de représentants de l’État.

Qu’on se rappelle des doctrines indiscutables qui disaient qu’il fallait avoir peur du diable pour croire en Dieu… et que le rire, le fait de rire, empêchait de croire parce que le rire semait le doute qui, lui, empêchait de croire.

Dans ces temps-là, aussi, il se produisait des querelles de rhéteurs et dialecticiens. Des querelles très intestines qui monopolisaient les esprits dans des bouillonnements brouillons.

Et puis non, ce n’est pas parce que le gouvernement aurait peur des jugements des tribunaux qu’il se prévaut de la clause dérogatoire (qui lui évite pendant cinq ans d’engager un arsenal judiciaire devant les tribunaux). Ni parce qu’il trouverait «radical» son projet de loi. C’est plutôt pour ne pas s’enfarger pendant cinq ans dans des processus juridiques d’arrière-scène.

Après cinq ans d’exercice, il sera temps d’évaluer tout ce qui aura été identifié, puis nommé, pour ensuite décider de la suite des choses. La population trouve bien souvent le moyen de faire savoir ses mécontentements lors des élections.

Ai-je vraiment besoin d’écrire que je ne suis pas caquiste du tout?

Jean-Claude Soulard

Trois-Rivières