Et si cela s’était produit dans une petite résidence en région?

OPINION / Comme vous tous, j’ai été interpellé par le décès de madame Hélène Rowley Hotte Duceppe. Comme propriétaire d’une résidence pour personnes âgées, je ne peux m’empêcher de penser aux conséquences qui cet événement aurait eu s’il s’était passé chez moi.

S’il est vrai que la sonnerie d’alarme a été annulée sans que personne d’enquête sur la possibilité qu’une personne puisse avoir quitté, j’aurais sans doute été accusé de négligence criminelle causant la mort dans les heures qui auraient suivi la découverte de la dame. Peu de temps après, les intervenants de tous les ministères auraient tôt fait d’entamer les démarches pour retirer mon permis d’exploitation et ma résidence aurait souffert d’un tort irrémédiable.

Mais... la tragédie est arrivée dans une résidence d’une grande ville et on semble accepter plus facilement que «des erreurs ça arrive» et que les procédures ne sont pas parfaites. À ce que je sache, aucune accusation n’a été portée et la résidence continue d’opérer. Pas d’intervention du CIUSSS ni aucun tort à sa réputation.

Cela me fait poser la question suivante: pourquoi sommes-nous plus conciliants avec des entreprises d’envergure qu’avec des entreprises de petite taille, voire familiales? Est-ce une question sociétale? Avons-nous une tendance naturelle à favoriser les regroupements, ou du moins les pardonner plus facilement pour les dérapages? Ou est-ce tout simplement plus facile de trouver un coupable dans une entreprise à trois employés que dans une structure d’une centaines de gestionnaires, préposés et autres?

Ma réflexion m’amène à conclure qu’une partie des difficultés des petites résidences à attirer des résidents vient de la perception selon laquelle nous sommes trop petits et mal équipés pour bien servir nos résidents. De plus, il fort probable que nous soyons crucifiés sur la place publique pour chaque petit manquement. Pourtant, on parle de plus en plus de sévices que subissent certains résidents dans les installations d’envergure et les CHSLD depuis des décennies sans que la situation s’améliore vraiment. La «machine» n’a pas le temps de s’occuper adéquatement des personnes sous leur responsabilité par manque de personnel, directives incomprises, climatisation inadéquate et plus de paperasse que de soins et j’en passe.

Comment faut-il faire pour que les petites résidences, où l’on est près de nos résidents, où l’on connaît leurs habitudes et où on a le temps de s’en occuper, soient reconnues à juste titre comme l’endroit de prédilection pour les personnes âgées? Nous n’avons pas le budget pour faire de l’autopromotion et les instances sont trop prises à répondre à leurs propres difficultés pour être d’une aide quelconque. Ce n’est pas les souhaits ni l’argent de la ministre Blais qui changera cela, du moins à court terme.

Finalement, il faut se demander comme société si nous voulons que nos personnes âgées soient tous réunies dans une village condensé sur 10 étages où qu’il vivent dans leurs communautés jusqu’à la fin?

Jacques Marchildon

Saint-Adelphe