L’auteur de cette lettre a pris sa plume pour défendre la langue française.

Et pourquoi pas «Le hublot»?

OPINIONS / Innovation et développement économique (IDE) Trois-Rivières semble avoir avalé la pilule, enfin pas complètement: ça coince dans la pomme d’Adam, ça grafigne l’égo, mais il faut bien rendre quelques armes, sinon toutes, peu importe le prix.

Il aura suffi qu’une petite armée de patriotes pugnaces sorte d’un cheval de Troie à l’hôtel de ville pour ramener les bœufs devant la charrue. Une petite colonie d’irréductibles enragés résistant encore et toujours à l’envahisseur nous fait la preuve que cette ville a besoin d’une politique de gardiennage.

Notre ville devrait s’assurer que tout affichage public, commercial et même privé, le soit fait en français, et qu’il soit plus que parfait. Envoyons à la guillotine tout ce qui flagorne avec la novlangue (virtuelle). Surtout ne prenons ni Robert ni Larousse comme références, ils sont vendus au plus offrant. Reconnaissons-nous partout comme encore plus français que nos cousins qui truffent leurs discours de pirouettes anglaises. La novlangue est une mangeuse de chair qui passe par l’anglais pour nous bouffer la cervelle.

Puisqu’on veut sonner international, ne tombons pas dans la facilité et la tendance mais dans l’audace et l’avant-gardisme: marquons nos produits d’un sceau identitaire, celui de Molière et de Miron. Si cette ville a un cœur, elle devrait avoir le cœur à sa langue. Nos élus devraient se faire les porte-étendards de ce qui nous rend si uniques partout dans le monde. Soyons fiers d’être francophones et francophiles. À la limite de la caricature, instaurons, s’il le faut, une «stasi» de l’affichage.

Un nouveau nom, et pourquoi par «Le Hublot»? Un hublot, c’est une ouverture sur l’infini, ça ratisse large un hublot. Ce serait exotique d’avoir un hublot au coin de Royale et des Forges: le hublot d’une entreprise qui vous fait naviguer au-delà de vos attentes, «Le Hublot», Ça flotte entre le premier et le troisième niveau. On pourrait même styliser le «O» et y rédiger en lettres attachées et en petites vagues le leitmotiv et les grandes lignes de l’entreprise.

En fait, pour contrer un autre cheval de Troie, il serait de bonne guerre, pour se faire excuser d’une bévue cavalière et réparer l’outrage, que l’entreprise tende la main à ceux et celle qu’elle a blessés, c’est-à-dire nous. Il y aura toujours d’irréductibles enragés qui résisteront toujours et encore à l’envahisseur et qui feront savoir entre parenthèses à ceux qui nous regardent de haut et de loin que notre richesse passe par la filière française.

Oui je suis d’une langue qui refuse de mourir, celle de Molière et de Miron. Cette langue, on l’a «skinnée» en anglais, amputée au «texto», éviscérée au «tweet»; qui plus est, on veut charcuter dans sa ponctuation, la scalper de ses accents et même la désaccorder. Cette langue de vraie hostie du Christ que l’oncle Sam «chill» entre guillemets, cette langue, Robert et Larousse l’ont faite cocue, la novlangue l’a réduite en purée. On la parle mou, on l’écrit mou; au nom de l’inquisition mondiale on la condamne à l’équarrissage.

Notre française PQ, elle a le feu de la tête au cul! Elle nous monte au front pour brandir encore et toujours tout au long de son phrasé le circonflexe, l’aigu, le grave, bien drapés. Notre Françoise, notre latine, elle met ses poings sur nos «i», refuse de se tenir à l’ombre et exige d’être conjuguée au plus-que-parfait, à toujours et à jamais.

Nous avons deux langues parlées, mais une seule parlante, celle de Molière et de Miron. Notre ville devrait s’enorgueillir d’afficher et de conjuguer son français à l’impératif urgent.

Christian Gagnon

Trois-Rivières