Et la maladie mentale?

Lorsqu’on parle de maladie, nous pensons automatiquement à maladie physique. Encore aujourd’hui, il est très rare que nous pensons à la maladie mentale, et là, je ne parle pas que du commun des mortels, mais aussi de personnes qui sont en relation directe avec ceux-ci tous les jours, tels que médecins, urgentologue, agents d’aide sociale, de chômage, de CSST (aujourd’hui CNESST), de la RAMQ, etc. La maladie mentale est encore un tabou en 2018. Je supplie notre gouvernement de s’occuper de la maladie mentale au même titre que de la maladie physique.

Si l’on se présente à l’hôpital avec un bras cassé on va avoir droit à un rayon X, un orthopédiste et un plâtre. Peut-être même à une opération, si la situation l’exige. Si on se présente à l’hôpital avec un problème de l’adaptation, que va-t-il arriver? Il y a de grandes chances que l’on vous demande c’est quoi votre problème? Vous avez envie de jaser? C’est fort probable que l’urgentologue ne pense même pas à vous référer au psychiatre qui est sur place et là pour cela. Il se peut même encore qu’il n’ait aucune idée de quoi faire avec vous. Bien sûr, si vous êtes en pleine crise psychotique, ils vont essayer de vous aider, car, là, ça se voit très bien.

J’entends déjà notre gouvernement s’insurger et protester que ce n’est pas si grave, que j’ai l’imagination fertile ou bien que ce soit du «ouï-dire». Eh bien, non, car ça m’est arrivé en avril 2016. Étant alors étudiante en psychologie, c’est moi qui ai trouvé la solution, parce que je connaissais les ressources disponibles pour mon problème. À ce moment, j’ai vu un immense «Eurêka!» dans les yeux du pauvre urgentologue. Dès ce moment, il m’a fait voir les personnes ressources adéquates. Que serait-il arrivé si je n’avais pas été étudiante en psychologie? Pire encore, si j’avais été à l’aide sociale? Car la première chose que l’on m’a demandée lorsque je suis entrée dans l’ambulance, c’est: «Est-ce que tu es sur le BS?» J’ai réalisé à ce moment que j’aurais dû demander un taxi... Ça m’aurait coûté pas mal moins cher.

Je me pose la question: lorsqu’on se présente à l’hôpital pour un problème psychologique, pourquoi est-on automatiquement catégorisé «non urgent»? Pourquoi n’est-on pas immédiatement transféré au département où on peut recevoir de l’aide psychologique? Pourquoi n’y a-t-il pas plus de professionnels de la santé mentale dans les hôpitaux? Coûtent-ils vraiment plus cher qu’un cardiologue, un urgentologue, un orthopédiste, etc.? Sûrement pas. Mais on croit encore que la santé mentale n’est pas aussi importante que la santé physique. Si seulement notre gouvernement savait l’argent qu’il sauverait en investissant en santé mentale, car c’est souvent là que tout commence…

Johanne Fraser

Saint-Prosper