Et ça continue...

L’annulation du spectacle Slav de Robert Lepage mettant en vedette Betty Bonifassi est un parfait exemple du type de société dite «ouverte» dans laquelle nous vivons. En gros, si on ne pense pas comme il se doit, mieux vaut se taire. C’est pour cette raison que les gens qui ne sont pas d’accord avec ce qui semble être la majorité préfèrent ne rien dire.

Si nous suivons jusqu’au bout la logique derrière l’interruption de ce spectacle de chansons qui relataient les pensées des esclaves noirs parce que les auteurs sont Blancs et libres et ne peuvent comprendre l’état d’esprit des esclaves noirs, nous aboutissons à une aberration. Soit celle qui veut que tous les manifestants Blancs libres qui ont protesté ne pouvaient le faire car ils n’étaient pas eux-mêmes, Noirs et esclaves et... ne pouvaient pas comprendre.

Suivent d’autres conséquences très logiques et aussi incroyables comme:

- ne plus chanter de chansons autres que celles de la langue de l’interprète car on ne comprendrait pas, n’étant pas anglophones ou autre.

- ne plus faire l’histoire d’un peuple sauf si on appartient à celui-ci et avons vécu à travers le temps, car on ne comprendrait pas...

- ne plus parler de politique mondiale car on ne comprendrait pas n’étant pas toutes les races en même temps...

Vous avez compris où je veux en venir: l’absurdité du «très correct». À force de sentir que leur manière de penser est la bonne et la seule valable, certaines personnes ont oublié que des approches diversifiées permettent une vraie liberté d’opinion. L’annulation de ce spectacle montre jusqu’où peut nous mener l’idée qu’un seul bon raisonnement est valable.

Mais il suggère aussi que mieux vaut ne pas parler ou s’impliquer dans quoi que ce soit si on ne veut pas créer de remous, bien involontairement parfois.

Ah oui! Est-ce que toutes les personnes qui participent au Festival de Jazz, en tant que musiciens ou spectateurs, devraient se désister s’ils ne sont pas Noirs? En suivant la logique des protestataires, nous savons maintenant que les Blancs ne peuvent comprendre les Noirs...

Marie-Andrée Groarke

Trois-Rivières