L’auteure de cette lettre s’inquiète pour l’avenir des services d’archives au Québec.

Est-ce que l’histoire n’intéresse plus personne?

OPINIONS / Un reportage à l’émission Second Regard à ICI Radio-Canada diffusée le dimanche 10 février posait la question du «Pourquoi s’intéresser à l’histoire?» et demandait à des spécialistes de donner leur avis. Le journaliste Jean-François Nadeau était du nombre.

À priori, on peut convenir que l’histoire, comme les mathématiques, les sciences ou la géographie, n’intéresse pas la majorité. Cependant, il s’en trouvera toujours qui ont à cœur la sauvegarde d’objets, d’œuvres d’art, d’édifices ou de documents qui nous viennent du passé.

Ainsi, une partie de ce patrimoine est constituée d’archives; archives photographiques, manuscrites, cartographiques, et aussi numériques, confiées à des institutions qui ont comme mandat de conserver, pour longtemps, pour toujours en fait, ce qui témoigne de la petite et de la grande histoire.

À quoi bon s’engager à en conserver des pans, des parties ou des parcelles, si l’institution qui accepte cette mission ne peut en garantir la protection, le traitement ou la diffusion faute de financement adéquat.

Faut-il le rappeler, le financement des services d’archives privées agréés du Québec (SAPA) est, en partie, attribué par Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Or, des changements aux règles d’attribution ont fait que ce financement n’est plus automatiquement octroyé à chacune des institutions qui rencontrent pourtant tous les critères, plutôt exigeants, de leur agrément.

C’est alors qu’on serait porté à se dire que les archives, aussi, n’intéressent plus personne. Au contraire, les archives ont eu besoin de défenseurs; plusieurs ont répondu: présents!

Je me permets de trouver surprenant que le gouvernement arrive à trouver des sommes pour sauver ceci ou cela. Parfois de très grosses sommes, comme sorties d’un chapeau. Dois-je comprendre que le financement inadéquat des SAPA et de BAnQ ne peut, logiquement, être dû qu’à un manque d’argent? Alors, pourquoi ne serait-ce pas possible de délier les cordons de la bourse, afin d’y dégager au total, même pas 3 millions $, annuellement, et ce, pour être distribuée à une quarantaine d’institutions culturelles impliquées et essentielles?

L’année 2020 est à nos portes. Si rien n’est fait, dans quelques mois à peine, ce seront treize services d’archives privées agréés qui ne recevront plus aucune aide financière de BAnQ. Le couperet va émonder de manière maladroite l’arbre des SAPA qui risque de perdre son équilibre puisqu’aucune assurance n’est offerte du maintien d’un SAPA soutenu dans toutes les régions du Québec. Déjà, pour 2018-2020, la Mauricie est la seule région qui voit son unique SAPA (le service des Archives du Séminaire Saint-Joseph de Trois-Rivières qui célébrait son 100e anniversaire en 2018) ne plus être soutenu par l’État, sauf par une aide de transition dérisoire. C’est désolant.

Madame Nathalie Roy, ministre de la Culture, si l’histoire vous intéresse, vous avez le pouvoir de l’écrire autrement cet avenir.

Suzanne Girard

Archiviste à la retraite

Trois-Rivières