Épandage du Bti: remise en question

OPINIONS / Lettre adressée à Benoît Charette, ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.

Monsieur le Ministre,

En référence à la lettre que je vous ai envoyée le 22 mai dernier, je vous fais part de ma déception de n’avoir reçu aucune réponse autre qu’un accusé réception rapide de votre organisation. Cette lettre concernait le traitement d’épandage du Bti à tout le territoire de la ville de Shawinigan (marais, marécages, fossés, lacs, rivières, ruisseaux) afin de procéder à la démoustication de masse, et ce, malgré les contestations de plus en plus grandissantes des citoyens et des demandes d’exclusion de plus en plus nombreuses.

Il faut savoir qu’en réalité, en plus de détruire les larves des maringouins et mouches noires, le Bti contribue à la réduction de 65 % à 90 % des chironomes (insectes non piqueurs) qui sont une nourriture importante de la chaîne alimentaire et qui jouent un rôle essentiel à une période de l’année où les insectivores en ont le plus besoin pour nourrir leurs petits (document du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec). Et on ne parle pas des sept autres espèces de diptères qui en sont affectées directement (Boisvert et Boisvert, 2000) ainsi qu’à «un déclin (effets indirects) de 34 % des invertébrés, 50 % des libellules, 52 % des oiseaux d’eau et perte du tiers des nichées d’hirondelles.» (référence: Le Bti: un insecticide sous le radar, webinaire grand public 16 juin 2020 présenté par l’APEL, Gatineau, Diane Paré, Claude Martineau, Claire Charron).

L’industrie fait elle-même des études sur ce produit et conclut qu’il n’y a pas d’impact.

Pourtant, le MFFP préconise l’abstinence à l’insecticide Bti et Bsph. Il met en garde contre cette pratique, recommande d’utiliser des méthodes alternatives et économiques, et appuie le principe de précaution. La déclaration de Rio sur l’environnement et le développement adoptée en 1992 lors du Sommet de la Terre énonçait qu’«en cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement».

Une récente émission de La Semaine verte nous exposait les résultats des études indépendantes éloquentes sur les impacts directs et indirects sans équivoque sur la biodiversité.

Ainsi, nous sommes les témoins de la diminution très inquiétante de cette biodiversité.

Je sais que vous avez été très occupé dernièrement et que certains dossiers jugés moins prioritaires ont été laissés de côté.

Je reviens sur votre vision que vous avez diffusée le 22 mai dernier: «Nos solutions sont dans la nature»: «Si la Journée internationale de la diversité biologique existe, c’est pour nous rappeler que la flore, la faune et les écosystèmes terrestres et aquatiques sont menacés de plusieurs façons, notamment – disons-le – par notre mode de vie. La perte de la biodiversité figure parmi les risques qui auront le plus d’impact sur nos sociétés au cours de la prochaine décennie.»

Donc, pour réitérer ma lettre du 22 mai dernier, les traitements au Bti dits bio (moyenne de 7 % de la bactérie) mais non écologiques (moyenne de plus de 92 % d’autres ingrédients protégés par le secret industriel) effectués dans 46 municipalités du Québec, dont la ville de Shawinigan, font en sorte que ces opérations m’apparaissent en contradiction avec vos orientations ministérielles.

En tant que citoyenne responsable, et au nom de toutes celles et ceux sensibilisés à la santé de l’environnement et de ses écosystèmes qui sonnent l’alarme contre cette pratique qui détruit la base de la chaîne alimentaire, je vous réitère ma demande de faire cesser l’épandage au Bti de façon définitive et de recommander aux villes qui acceptent cette pratique annuelle de se tourner vers d’autres solutions qui respectent la nature dans toute sa diversité.

À tout ceci, j’ajoute une citation tirée du livre «Vivant» dont un des auteurs est Dr Vandana Sheeva, bien connue comme étant une grande écologiste: «Avec la sixième extinction de masse, l’humanité est en train de détruire en quelques décennies, le temps d’un battement de cil, ce que la Vie a mis des milliards d’années à créer. Aujourd’hui, la sixième extinction de masse n’a jamais été aussi rapide, et le temps presse pour inverser la tendance.»

Aujourd’hui, l’humanité est face à un choix: protéger ou détruire le vivant.

Nous avons choisi de protéger ce qu’il en reste, et vous?

Maryse Girard

Shawinigan