Les manifestations pour le salaire minimum à 15 $ se sont multipliées au cours des dernières années. L’AGEPA du Centre-du-Québec estime qu’il s’agit d’une mesure dont tout le monde sortirait gagnant.

Entre justice sociale et incertitude économique

L’auteur, François Melançon, est coordonnateur de l’Association des groupes d’éducation populaire autonome (AGEPA) du Centre-du-Québec.

Le salaire minimum sera augmenté au Québec de 0,70 $ l’heure le 1er mai prochain. Un bond tonique. Les travailleuses et les travailleurs québécois n’avaient jamais connu une telle hausse. Il y a de quoi se réjouir. Chaque mesure qui favorise une meilleure justice sociale doit être saluée favorablement. Chaque pas qui rapproche du seuil de la pauvreté pour permettre de le franchir et sortir de l’état d’insécurité financière est un grand pas, une foulée dont profite l’ensemble de la population. Sortir de l’insécurité financière, c’est souvent aussi gagner en dignité humaine et en qualité de vie, cette qualité de vie qui favorise une meilleure santé globale, une meilleure alimentation, un peu de temps pour le loisir et davantage pour la famille, voire pour les études, d’une meilleure contribution à l’économie locale.

Augmenter la foulée, une question de dignité
La hausse annoncée portera le salaire minimum, au Québec, à 12 $ l’heure. Douze dollars l’heure c’est bien, mais quinze, c’est mieux D’autant que le phénomène croissant des travailleurs et travailleuses pauvres porte à réfléchir. Il commande des actions rapides pour corriger une situation indécente. Les données publiées par les organismes de sécurité alimentaire sont éloquentes. De plus en plus de personnes qui ont un emploi doivent recourir à leurs services afin de boucler leur fin de mois. Une situation anecdotique il y a cinq ans encore. Et que dire des petits déjeuners servis aux jeunes écoliers et écolières? La pratique est si bien ancrée que le gouvernement lui apporte lui-même son soutien financier. Malaise. Pourquoi financer les diachylons alors qu’on pourrait simplement éviter la blessure?

Intervenir en amont. C’est ce que représente une augmentation significative du salaire minimum. L’Alberta et l’Ontario semblent l’avoir compris. Les études de l’IRIS le démontrent. Pour que l’ensemble des Québécoises et des Québécois bénéficient d’un salaire décent, le gouvernement doit fixer le taux horaire minimum à quinze dollars. De façon progressive, certes. Mais dans un délai très rapproché.

De Cendrillon au Bonhomme Sept Heures: un débat émotif
L’idée déchaîne les passions. Les travailleuses et travailleurs en rêvent, mais ne la revendiquent pas toujours ouvertement de crainte de représailles de la part de l’entreprise qui les emploie. Le monde des affaires, de son côté, se défend bec et ongles. En appelle au catastrophisme. Il sort les images fortes, celles qui font peur, qui insécurisent.

Soyons honnêtes. L’établissement d’un salaire minimum à 15 $ l’heure ne se fera pas sans heurts. Il commande des réajustements plus ou moins lourds selon la taille de l’entreprise et sa nature.

L’impact variera. Rien d’uniforme. Rien de catastrophique non plus.

Il sera absorbé en partie par les entreprises qui devront abaisser leur marge de profit et, dans certains cas, augmenter leurs sources de revenus par un léger rehaussement des prix de ses biens et services. Les travailleurs et travailleuses ne seront pas en reste. Certains et certaines verront leur temps de travail diminué et dans certains cas «simplement» mis à la porte. Ce sont là des drames individuels qu’on ne peut pas rejeter d’un simple revers de la main. Des drames humains. Ils existeront. Et il faut compatir. Cependant, le gain collectif en vaut la chandelle.

La réussite de la transition revient au gouvernement. Dans sa façon de mettre en marché cette mesure salariale et d’assumer pleinement la mission sociale de l’État. Dans sa façon d’accompagner les entreprises les plus vulnérables et de soutenir les victimes de mises à pied.

Augmenter le salaire minimum au Québec à 15 $ l’heure ne relève donc pas de l’utopie. C’est une mesure dont tout le monde sortira gagnant. Tout en permettant aux plus bas salariées et salariées de vivre dignement, elle contribuera à réduire les inégalités socioéconomiques, elle profitera aux économies locales et favorisera l’attraction et la rétention de la main-d’œuvre au sein des entreprises. Notamment hors des grands centres urbains.

Le débat social qui doit l’accompagner doit cependant se faire sereinement. En toute transparence. Sans esclandre verbal. Tous les partis doivent négocier l’adoption de cette mesure de bonne foi, dans l’intérêt supérieur d’un vivre ensemble juste et équitable.