Le gouvernement du Québec a décidé de mettre en place des mesures pour limiter l’utilisation des néonicotinoïdes, des pesticides associés au déclin des populations d’abeilles. Cette mesure réjouit l’auteure, qui est directrice générale d’Environnement Mauricie.

Encadrer l’utilisation des pesticides: un bon début

Encadrer et limiter l’utilisation des néonicotinoïdes et autres pesticides dans les pratiques agricoles ayant un impact majeur sur la santé des abeilles, oiseaux et poissons, voilà une démarche du gouvernement du Québec qui va dans la bonne direction.

La ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Isabelle Melançon, présentait cette semaine une modernisation des règlements sur l’utilisation et la vente des pesticides basées sur le principe de la prescription. Seuls les producteurs agricoles ayant un problème qui nécessite l’utilisation de ces pesticides, un problème reconnu par un agronome, pourront s’en procurer. Cet encadrement vise à réduire l’utilisation quasi systématique des semences enrobées de pesticides, majoritairement du côté du soya ou du maïs.

Le Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement (RNCREQ), dont fait partie Environnement Mauricie, salue cette intervention gouvernementale qui s’inscrit dans la Stratégie québécoise sur les pesticides. La reconnaissance des enjeux de santé publique et de protection de la biodiversité liés à l’usage des pesticides par le gouvernement permet d’entrevoir une évolution vers des pratiques agricoles de plus en plus respectueuses de l’environnement, des espèces animales et de la santé humaine.

Rappelons que dès le printemps 2015, le RNCREQ s’est prononcé pour l’interdiction de la vente et l’usage des néonicotinoïdes au Québec, une vision portée encore aujourd’hui. Bien que la nouvelle annonce encadre plutôt qu’interdit ces pesticides, nous nous réjouissons tout de même de cette bonne avancée.

Des questions légitimes ont par ailleurs été soulevées concernant l’indépendance des agronomes responsables des prescriptions produites aux producteurs agricoles. La justification agronomique pour appliquer les pesticides les plus à risque devrait être obligatoirement produite par un agronome sans lien avec le fabricant ou le distributeur.

Également, nous jugeons nécessaire de mettre en place un meilleur accompagnement des producteurs agricoles pour qu’ils adoptent des pratiques plus écoresponsables. L’investissement de 14 millions de dollars additionnels sur cinq ans, pour leur offrir davantage de soutien afin qu’ils réduisent l’utilisation des pesticides et s’adaptent aux nouvelles mesures, est une excellente initiative. Le RNCREQ, partisan du principe du «pollueur-payeur», estime par ailleurs que les productions agricoles ayant un plus faible impact sur l’environnement devraient être encouragées de façon manifeste.

Souhaitons que ce pas considérable dans la bonne direction va s’arrimer avec la politique bioalimentaire du Québec. L’ambition de développer un secteur bioalimentaire prospère et durable, telle que présentée au Sommet sur l’alimentation à l’automne dernier, va de pair avec une amélioration des pratiques agricoles. Les participants au Sommet ont d’ailleurs souligné l’importance de la collaboration entre les ministères.

Lauréanne Daneau

Directrice générale

Environnement Mauricie