L’auteure de cette lettre considère que le port de signes ostentatoires veut dire que l’identité première est la religion et non la citoyenneté.

En réponse à l’ONU...

OPINIONS / L’Organisation des Nations Unies, comme le précisent des rapporteurs spéciaux nommés par le Conseil des droits de l’homme, s’interroge sur les effets négatifs du port des symboles religieux en écrivant: «En particulier, il n’est pas établi en quoi le port de symboles religieux affecte spécifiquement les libertés et droits fondamentaux d’autrui.»

Je veux répondre à leur questionnement. Pour moi, le port de signes religieux symbolise la religion de celui ou celle qui les porte. Toute religion comporte un endoctrinement. En ce sens, porter un signe ostentatoire veut dire que ton identité première est ta religion et non ta citoyenneté.

S’obliger de le porter signifie l’intégrisme religieux. Le refus de l’enlever en certaines circonstances relève du radicalisme religieux. Cela, pour qui est dans un poste d’autorité, peut être nuisible pour autrui puisque cela laisse sous-entendre que le fonctionnaire respecte des obligations religieuses pouvant aller à l’encontre du bien commun ou particulier. Porter un signe ostentatoire ne comporte aucun danger réel en soi, mais la personne qui l’affiche annonce l’extrémisme religieux qui peut s’avérer dangereux.

Donnons des exemples vécus. Dans un hôpital de Montréal, un médecin a demandé à une infirmière voilée de mettre, à un patient souffrant, un suppositoire pour soulager sa douleur. Le patient m’a dit que l’infirmière lui a montré le suppositoire comme si elle allait le lui mettre. Ce qu’elle n’a pas fait! En effet, selon la doctrine de sa religion, elle ne peut toucher les fesses d’un autre homme que celles de son mari. Cette infirmière a suivi la doctrine religieuse implantée dans sa tête, plutôt que de s’acquitter de son devoir civique. Malheureusement pour le patient, elle n’a même pas eu la conscience professionnelle pour demander à une autre infirmière de le faire à sa place. Pourquoi? Sans doute qu’elle sentait un malaise de parler de «ses» et de «ces» choses avec une collègue. Cela a affecté son patient qui ne veut pas porter plainte car ce serait sa parole contre la sienne! Le patient a été privé d’un droit fondamental.

La loi 21 devrait être appliquée aussi dans les hôpitaux. À cet effet, j’ai déposé un mémoire à l’Assemblée nationale qui explique pourquoi les professionnels de la santé doivent respecter le devoir de neutralité en posant des gestes civiques.

Lorsque j’ai moi-même porté le voile comme religieuse, j’en ressentais un profond malaise. Sans doute parce qu’inconsciemment je réalisais que c’était une anomalie par rapport à ce que tout le monde porte et j’aurais aimé me sentir comme «tout le monde» sans ce signe ostentatoire religieux. C’est donc qu’il y a un certain emprisonnement psychologique qui va contre la liberté de la personne, qu’on en soit conscient ou non.

Lorsque des hommes se voient refuser de se baigner dans une piscine parce que des femmes voilées y sont, cela brime des droits communs. On pourrait citer d’autres exemples.

En défendant le port des signes ostentatoires religieux, ce qui est en soi un encouragement donné aux porteurs et porteuses de ces symboles purement accessoires, l’ONU devient complice d’un endoctrinement maladif. Pourquoi ne pas plutôt aider les endoctrinés à se «désendoctriner»? Qui sait si dans trente ans pourraient naître des cliniques de «désendocrinement» avec des psychologues et autres professionnels qui, utilisant l’expérience de témoins libérés de ces endoctrinements fanatiques, pourraient soutenir des méthodes scientifiques et médicales qui aideraient les victimes à se sortir des pièges de la religion?

Dans une trentaine d’années, probablement que la société pourra alors constater qui a raison: serait-ce les personnes s’affichant pour la loi 21, ou les personnes s’affichant contre cette loi qui se veut, avant tout, être modérée.

Comme le laissait entendre si bien le sociologue Guy Rocher: «Dans le doute, s’applique le devoir de précaution». J’ai toujours dit qu’il vaut mieux prévenir que guérir. Un fait prouvé par l’Histoire: les religions divisent et la laïcité unit!

Andréa Richard, écrivaine

Trois-Rivières