En mémoire de tous ces gens

OPINIONS / Je voudrais vous parler d’elles. De ces personnes qui meurent chaque jour dans les CHSLD, victimes de la COVID-19, atteintes ou non atteintes directement. De ces personnes mortes de faim, de soif, dans leurs excréments, abandonnées dans des conditions les plus abjectes.

Je voudrais vous parler d’elles. Vous dire qu’un jour elles sont nées, sont venues habiter ce tout petit espace dédié juste pour elles dans cette immensité qu’est l’univers. Elles ont été des enfants rieurs, insouciants, des visages à faire craquer leurs parents et grands-parents. Ces personnes ont grandi, sont devenus des hommes et des femmes tantôt forts, tantôt fragiles, portés par la vie et ses vicissitudes. Elles ont aimé, ont été aimées, ont aussi pleuré. Même qu’elles ont cru, en certaines circonstances, avoir versé toutes les larmes de leur corps.

Ces hommes et ces femmes sont devenus plus âgés, ont perdu des forces, de l’autonomie. Les larmes d’hier n’étaient rien en comparaison de celles qui ont accompagné la conscience qu’ils devraient bientôt entièrement dépendre des autres. Et puis un jour est venu où il a fallu se rendre à l’évidence que le CHSLD était le seul endroit qui convenait à leur situation. On leur a promis qu’on prendrait bien soin d’eux. Ils se sont résignées à y croire. Jusqu’à ce qu’arrive l’enflure de la bureaucratie, les changements, la lourdeur, l’exténuation du personnel. Et pour finir la COVID.

C’est ainsi que l’on vit, c’est ainsi que l’on meurt quand tout un système est basé sur l’économie.

Je voulais vous parler d’eux. Vous dire qu’au-delà des statistiques, du décompte quotidien des victimes du virus, il y a des êtres humains qui ont existé, ont construit notre société. Des hommes et des femmes qui nous ont laissé une partie d’eux-mêmes.

Je voulais vous parler de tous ces gens qui sont morts et qui mourront aujourd’hui et demain, parce que je n’entends pas leur nom, je ne vois pas leur visage. On ne peut même pas souligner leur départ, se rappeler qu’ils ont été.

Pendant qu’on n’en peut plus d’être privé de liberté, s’en vont seuls et abandonnés ceux et celles qui nous ont tant aimé.

Hélène Arseneault

Trois-Rivières