Élections, promesses et omissions...

L’auteur, Pierre-André Julien, est économiste et professeur émérite à l’Institut de recherche sur les PME de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Comme tous le savent, les élections, qui approchent à grands pas avec comme d’habitude leur lot de nouvelles promesses, ne doivent pas nous faire oublier les années d’austérité du gouvernement et ainsi les coupes notamment dans les hôpitaux et les écoles (et les universités!), expliquant la pagaille qui n’en finit pas de finir. En particulier, la supposée réforme de la santé donnant tous les pouvoirs au ministre Barrette se résume finalement à 4 milliards $ de plus dans les poches des spécialistes. Puisque les files d’attentes dans les hôpitaux et les longs rendez-vous chez le médecin n’ont pas diminué d’un pouce. De plus, les infirmières sont toujours manquantes ou continuent à être débordées, mettant encore plus en danger les patients. De même, les écoles débordent et l’épuisement des professeurs fait que les élèves doivent accepter des remplacements à répétition.

Mais les nouvelles promesses ne semblent pas plus porteuses de jours meilleurs. Prenons le cas de deux nouvelles annonces il y a peu. La première est la «Politique de mobilité durable des villes», une nouvelle Baie-James selon M. Couillard, qui devrait permettre d’ici 12 ans de réduire de 20 % les déplacements en auto. Or ce gouvernement n’a même pas été capable de reprendre la politique d’électrification du transport à Montréal annoncée à grande pompe par le gouvernement Marois. De plus, il se refuse à hausser en particulier les permis des camionnettes, nouvelles coqueluches des Québécois et pourtant la première cause de la hausse continue des émissions de carbone. Comme si chacun d’entre nous était obligé d’aller une fois par année en forêt sur des routes impraticables, comme le montre la publicité. Ce qui fait que l’objectif de diminuer ces émissions, promis à la Conférence de Paris, n’a aucune chance d’être atteint. Et ce refus, sous prétexte que ce serait pénaliser les cultivateurs, n’est qu’un faux-fuyant. Puisque ces derniers et toutes autres entreprises qui en ont besoin n’ont qu’à faire passer cette hausse comme dépenses ou encore se faire rembourser à la fin de l’année.

De même, dans le domaine de la justice, on vient d’apprendre que ce gouvernement va informatiser les documents juridiques pour que tous s’y retrouvent facilement, permettant ainsi d’accélérer l’audition des causes. Or, cela fait près de 20 ans que ce gouvernement a promis d’informatiser le système de santé pour un coût de 200 millions $ alors qu’on est rendu aujourd’hui à plus d’un milliard $ et que cette informatisation ne fonctionne toujours pas.

Et ces promesses ne permettent pas de cacher les bévues de la vente de Rona alors que le ministre Daoust vient de jurer sur son lit de mort que le premier ministre était au courant et l’avait bien approuvée. Il en est de même avec le don des avions de la Série C de Bombardier à Airbus, qui va même entraîner la disparition de ce nom et qui fait que le montant de 1,3 milliard $ sorti de nos poches dans l’aventure est déjà en train de perdre toute sa valeur à la bourse.

Mais d’autres partis comme la CAQ annoncent d’avance les mêmes bévues, dans ce cas en étant tout fier de la candidature de l’économiste de l’Institut économique de Montréal, Youri Chassin. Ce dernier affirme entre autres que le bien commun n’existe pas, reniant ainsi un concept économique crucial pour comprendre le rôle de l’État dans le développement économique. Alors que tous savent, par exemple, que l’éducation profite non seulement à chaque enfant qui s’instruit, mais aussi à toute la société qui sans cela ne saurait se développer. Il est vrai que cet Institut est payé par les grandes entreprises pour critiquer les gouvernements, sauf quand elles veulent que nous payions pour leurs pots cassés, comme dans ce dernier cas de la Série C.

Par chance, le Parti Québécois promet juste de remettre de l’ordre dans nos institutions après ce bordel créé par les libéraux, sachant que ce ne sera pas une mince tâche.

Bref, la joute électorale n’est pas encore commencée officiellement que nous sommes déjà en plein dans le monde d’omissions et de promesses qui seront vite oubliées après l’élection. Félix Leclerc ne chantait-il pas «La veille des élections, il t’appelait ‘‘son fiston’’, le lendemain, comme de raison, y avait oublié ton nom»?

Et pourtant, il faut voter si nous ne voulons pas nous faire prendre encore une fois.