Le premier ministre Philippe Couillard

Élections à date fixe: quelle belle affaire?

Le 4 juin 2013, l’Assemblée nationale adopte à l’unanimité le projet de loi 3 sur les élections à date fixe. Le projet avait comme objectif de prévenir que le parti au pouvoir ne soit opportuniste dans son choix. Ils n’avaient surement pas prévu les effets pervers de cette loi.

À constater l’activité des médias depuis plus d’un mois, nous constatons que les politiciens sont déjà en campagne électorale, avec pour seul objectif leur réélection. Les affaires publiques deviennent secondaires; «ce n’est pas important, on passera une loi omnibus en toute hâte à la fin de la session» même sans avoir de consensus. Si l’on tient compte de cette réalité, on devrait tenir les élections tous les cinq ans puisque l’on perd plus de six mois en cabale électorale.

Il semble y avoir une entente parfaite entre les politiciens et les médias pour alimenter cette comédie loufoque destinée à distraire la populace, puisque chacun y trouve son profit. Les politiciens trouvent une tribune très réceptive pour leurs «promesses, souvent irréalistes», bien orchestrées par les manipulateurs professionnels de l’opinion publique. De leur côté, les médias n’ont pas à se forcer pour trouver les «vraies nouvelles». La mêlée de presse («scrum») du matin donne aux journalistes leur pitance pour la journée; le monde s’arrête alors de tourner. Comme conséquence, je dois m’informer de la situation mondiale sur Euronews ou France 24.

En fait, c’est l’organisation idéale pour avoir des collaborateurs bien dociles, car tout ce beau monde se doute bien qu’à une prochaine élection, les uns passeront comme candidats du parti qui leur fera la meilleure offre; tandis que les autres, candidats défaits ou désabusés se verront accueillis à bras ouverts comme animateurs des tribunes politiques ou comme belles-mères expertes. Bref, il n’est même pas nécessaire de suivre le cours «communications 101», car, le prérequis, «la grande gueule», ils l’ont déjà.

C’est bien malheureux pour la grande majorité des politiciens sincères qui se débattent corps et âme pour le bien commun et la défense leurs concitoyens.

Croyez-vous pouvoir tolérer ces vendeurs à pression qui tenteront, pendant tout l’été de convaincre la population qu’ils sont leurs sauveurs? À les voir se débattre, on croirait voir des petits diables se débattre dans l’eau bénite. Ils prennent les électeurs pour de parfaits idiots en faisant des promesses qu’ils sont convaincus de ne pas pouvoir tenir: des routes qui font l’objet de promesses électorales depuis 30 ans [«mais cette fois, c’est vrai, si nous sommes réélus»], des promesses qui s’égrainent sur une période de 10 ans et qui n’engagent pas beaucoup ; ils savent très bien qu’ils ne seront pas là pour les réaliser. Et que dire des statistiques qui changent avec le parti qui les utilise ?

Une autre réalité très dérangeante, ce sont les sondages. Bien que très perfectionnés, ils ont un effet pervers sur le vote final. Il y a tellement de manipulations par les médias et les belles-mères que cela influence les gens qui sont moins informés ou qui se désintéressent des affaires publiques. Il devrait y avoir une étude pour savoir s’ils sont réellement nécessaires ou s’ils ne font pas qu’alimenter les «grandes gueules».

Heureusement que je peux toujours écouter «Stingray Musique» pour m’empêcher de virer fou.

Gaétan Yelle

Trois-Rivières