Dark est une des séries à succès de Netflix. Elle a été produite en Allemagne par un réalisateur suisse. Le géant américain compte ainsi investir dans des productions en Italie, en France, en Chine, en Argentine, en Belgique, en Pologne, au Brésil, au Mexique, en Colombie, en Turquie, en Inde, au Japon et en Corée du Sud. Le Canada, selon David Crête, ne pouvait pas se permettre de manquer un tel bateau.

«Ein Netflix Original»

L’auteur, David Crête, est professeur de marketing à l’École de gestion de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

«Dark», l’une des nouvelles séries de Netflix, a été produite en Allemagne par un réalisateur suisse. L’Italie, la France, la Chine, l’Argentine, la Belgique, la Pologne, le Brésil, le Mexique, la Colombie, la Turquie, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud sont tous des territoires où le géant américain compte investir une part des 8 milliards $ prévus en production en 2018. Et le Canada lui? On le sait, ça viendra. Enfin, j’imagine. Si Netflix devait se fier au tollé provoqué cet automne par l’annonce de la ministre Joly, elle irait voir ailleurs. Et avec raison.

J’étais, je crois bien, le seul à applaudir cette entente. Enfin, un gouvernement qui ose proposer un modèle nouveau. Malheureusement, Mélanie a mal défendu l’entente. Nous le savons, ces entreprises Web bouleversent considérablement leur industrie. Notre manière de consommer change, se transforme. Il faut donc revoir nos façons d’agir, de se comporter. Dans la proposition de la ministre, il y a cette tentative. Se priver de revenus, car pas de taxes à payer sur notre abonnement, avec promesse de l’entreprise d’investir 500 millions $ en production au cours des cinq prochaines années. Avec en plus promesse de donner une visibilité aux productions canadiennes. Rappelons-nous que Netflix a, à ce jour, plus de 110 millions d’abonnés sur la planète. 

Que faire face à ces géants du Web? Les taxer, les encadrer, et pourquoi pas, les bannir? Il faut cesser de se tourner constamment vers le législateur et travailler plutôt à bâtir une offre qui saura plaire chez nous. Se prendre en main quoi. Dans nos organisations, le fouet de l’innovation ne semble pas encore bien tendu. Il faut être conscient que les géants du Web établissent des standards qui s’imposeront. Ne pas l’être, c’est courir à sa perte. Pourtant, les exemples d’entreprises ayant été dépassées sont nombreux. Ne regardons que le commerce de détail. D’ailleurs, sentant certainement cette urgence, Auchan, géant français de la distribution alimentaire, s’est alliée au mastodonte chinois du commerce électronique, Alibaba. Établir des alliances, voilà une manière de survivre et de croître. Les plateformes comme Alibaba, Airbnb, Netflix, Amazon et Facebook, sont des carrefours où se croisent des produits et des services du monde entier. Pas seulement américains ou chinois, loin de là. À nous d’y prendre notre place. 

Cette réalité nouvelle nous oblige à voir les choses autrement. Le «out of the box» n’a jamais été aussi vrai. Revoir les processus, les façons de faire, c’est aussi ça innover. Il y a bien sûr les lois, la sacro-sainte équité, des paradigmes au fort potentiel d’asphyxie. Méfions-nous. 

La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, a eu droit à toute une volée de bois vert, cet automne, avec la présentation de sa «politique culturelle» qui comprend une entente avec Netflix. En vertu de cette entente, le géant du divertissement numérique ne payera pas de taxes au Canada mais investira plutôt 500 millions $ en production au Canada, au cours des cinq prochaines années. L’auteur de ce texte, David Crête, a été un des seuls à applaudir cette entente.

Le gouvernement québécois, avec sa stratégie numérique dévoilée le 13 décembre dernier, veut que s’améliore la compétence des citoyens en la matière. Je dirais, avant tout, la compétence des dirigeants, des patrons, des preneurs de décisions. Ce sont eux, dans toutes les organisations, qui peuvent faire la différence. L’exécution des projets dépend d’eux. Sans cette exécution, rien n’aboutira. Trop souvent, ils en ignorent beaucoup sur la réalité qui nous frappe. Ils sont, dans bien des cas, démunis. C’est pourquoi aller chercher des connaissances est essentiel. En ce sens, une entreprise comme Netflix devrait être une inspiration plutôt qu’une menace. Elle a su faire évoluer son modèle d’affaires pour l’adapter, a compris l’importance de bien gérer les données qu’elle possède sur notre utilisation de sa plateforme pour améliorer sans cesse son produit tout en misant sur une gestion des ressources humaines basée sur la confiance et l’autonomie. Ou encore, près de chez nous à Saint-Sévère, l’entreprise Rien ne se perd, tout se crée, qui développe un créneau dans le domaine des vêtements et des accessoires artisanaux. La compagnie est en expansion et le commerce en ligne y tient une place importante. En observant les deux copropriétaires, on sent bien la volonté, cet ingrédient essentiel.

L’économiste autrichien Schumpeter décrivait l’entrepreneur comme étant celui par qui arrive l’innovation, le changement. Je souhaite de tout cœur que la nouvelle génération ne se laissera pas guider par cette espèce de peur qui nous fait réagir à l’encontre de nos intérêts. L’anxiété collective est mauvaise conseillère. 

Le numérique, le Web, Internet, ce ne sont que des moyens d’accomplir les choses. 

Tout commence d’abord par l’individu, la véritable bougie d’allumage.