L’auteur de ce texte, Simon Lemyre-Roy, explique pourquoi le résultat de la dernière élection l’a déçu. Même s’il n’a pas encore l’âge requis pour voter, il livre ici le fruit de sa réflexion, en plus de partager ses opinions politiques.

Dur réveil

J’ai hésité longtemps avant d’écrire ce texte. Mon hésitation était due à la peur.

La peur de dévoiler mes opinions politiques. La peur de décevoir famille et amis avec mon opinion. La peur des représailles du public.

La peur, cette même peur qui nous freine si souvent au cours de notre vie, cette même peur qui nous éloigne du vrai changement. Cette peur qui nous pousse, année après année, d’élection en élection, à toujours réélire les mêmes partis politiques avec les mêmes convictions qui disent vouloir amener du «changement» au Québec. Un changement servant à camoufler la destruction de l’avenir québécois, pour le bénéfice personnel de certains au profit de ces éternels petits bouts de papier qui n’auront plus aucune valeur lorsque notre jadis beau Québec sera mourant.

Mardi matin, je me suis levé avec un goût amer en bouche. J’avais perdu mes élections. Pourtant je n’ai même pas atteint l’âge légal pour exercer mon droit de vote. Je me suis réveillé avec un peu de haine pour le peuple québécois, mais aussi avec beaucoup de déception envers celui-ci. Déçu, premièrement, de voir qu’après tant d’années, le Québec n’a toujours pas appris de ses erreurs. À combien de reprises le peuple québécois s’est-il fait promettre du changement sans que rien soit changé par la suite? À quand remonte la dernière fois où le Québec avait une option réellement différente, une alternative forte proposant un système différent et axé sur la réussite à long terme de notre province? Le peuple québécois m’a déçu, ce peuple qui dit vouloir du changement mais qui a peur de celui-ci.

Pour la première fois, j’ai osé croire. Pour la première fois j’ai pensé pouvoir être fier de mon peuple et de la personne qui le dirigerait. Pour la première fois, j’ai cru en la politique. Certains diront que je délire, que j’espère trop. À ceux-ci je poserai les questions suivantes: n’est-ce pas normal d’espérer? N’est-il pas essentiel d’espérer, de rêver, à un Québec et un avenir meilleur pour continuer à avancer? J’ai rêvé à un avenir meilleur durant la campagne électorale et j’en suis ressorti avec à peine assez d’espoir pour garder à flots mon bateau de déception.

Ma déception de mardi matin est aussi celle de voir le Québec se démanteler peu à peu. Au lieu de se rassembler, tous ensemble, et de voter pour un parti qui a la réussite collective à cœur, les électeurs se sont plutôt tournés vers un parti prônant le profit et la réussite individuelle. Au lieu d’assembler nos forces et de devenir une province plus riche, plus forte, plus unie, nous avons décidé de continuer à nous battre, les uns contre les autres. Nous avons décidé de continuer à nous séparer et à nous affaiblir. J’ai été déçu de voir que le peuple québécois n’a toujours pas compris que c’est en se rassemblant que l’on devient plus fort.

Je suis attristé de voir que les Québécois et les Québécoises pensent encore que l’argent est la chose la plus importante au monde. Ils se rendront bien vite compte que l’argent n’aura plus aucune importance lorsqu’il n’y aura plus de monde. C’est ce que le peuple a prouvé lors de ces élections. Malgré les efforts répétés, non pas seulement de Québec solidaire durant la campagne électorale, mais bien de milliers d’organismes durant les dernières décennies, notre peuple n’a toujours pas compris que notre planète se meurt. Il n’a toujours pas compris qu’à chaque heure, chaque minute, chaque seconde, la situation s’aggrave de plus en plus.

Non, le Québec ne changera pas le monde, mais si nous nous y mettons, nous pouvons devenir un prédécesseur pour des générations et des générations à venir.

Chers lecteurs, ne comptez pas sur moi pour vous écouter lorsque vous regretterez votre choix d’ici un an ou deux. Ne comptez pas sur moi pour embarquer dans votre cirque électoral lorsque j’aurai dix-huit ans.

Cher Québec, aujourd’hui je suis déçu de toi, mais j’ai espoir. Espoir que dans quatre ans tu réaliseras enfin tes erreurs.

J’ai espoir, cher Québec, que dans quatre ans, tu fasses enfin le bon choix.

Simon Lemyre-Roy

Trois-Rivières