L’auteur de cette lettre espère que la crise reliée au coronavirus entraînera des changements dans le mode de vie des Québécois.

Donner un sens à cette crise

OPINIONS / L’être humain est ainsi fait. Nous pouvons affronter différentes épreuves si nous leur donnons un sens. Mais quel sens pouvons-nous donner à la crise que nous vivons? Nous avons une occasion pour revoir notre mode de vie et notre modèle de développement. Il n’aura suffi que d’un tout petit virus pour provoquer cette remise en question. Il ne s’agit pas de faire la morale à personne mais bien de faire un examen de conscience collectif.

Le confinement nous fait redécouvrir l’importance des liens humains. Il faut en être privé pour mieux se rendre compte que nous négligeons trop souvent nos familles et nos amis. Et si on replaçait l’humain au cœur de nos vies et de nos préoccupations?

La crise nous démontre, une fois de plus, que dans notre société nous ne sommes pas tous égaux. Certains pourront passer facilement à travers cette crise parce qu’ils en ont les moyens. Il n’en va pas de même pour tous. Du petit travailleur au salaire minimum qui se retrouve au chômage à 55 % de son salaire à la personne itinérante qui n’a pas de lieu pour se mettre en isolement, sans oublier ceux et celles qui ont recours aux banques alimentaires pour se nourrir. Et si on retenait de cette crise l’importance de mettre plus d’efforts dans le partage de la richesse? Et si la solidarité entre nous était un phénomène présent à l’année? Et si on prenait tous l’engagement de faire un peu de bénévolat ou d’implication citoyenne? C’est ce qu’on appelle parfois du développement social et c’est fondamental pour bien vivre ensemble.

Cette crise vient également questionner notre modèle de développement. Nous redécouvrons l’importance de l’achat local. Pourquoi ne pas en faire le cœur de notre développement économique? La Ville de Trois-Rivières a commencé une campagne pour inciter à l’achat local. Bravo! Cette campagne se poursuivra-t-elle après la crise? Pensons aux milliers de produits faits en Chine, produits en bonne partie par l’énergie au charbon, et qui ont voyagé sur de longues distances, que nous achetons toutes les semaines. Ne pourrions-nous pas penser à rapatrier la production ici? Nous ne mettrons pas fin à la mondialisation des marchés mais nous pouvons au moins rééquilibrer les choses. Ce sera autant bon pour nous que pour la planète.

Nous prenons conscience que ce sont nos petites et moyennes entreprises et nos entreprises d’économie sociale qui répondent à nos besoins de base. Comment nos travailleurs du secteur de la santé pourraient aller travailler sans accès à des CPE? Comment nos aînés survivraient sans aide à domicile avec des entreprises comme «Ménagez-vous»? Comment serions-nous informés, si nous n’avions pas la coopérative des médias qui permet au Nouvelliste de continuer son travail précieux? Tout cela et bien d’autres, ce sont des entreprises d’économie sociale. Nos pouvoirs publics devront prendre des mesures à l’avenir pour mieux soutenir nos PME y compris celle d’économie sociale.

Par la force des choses, nous découvrons le télétravail. Pourquoi ne pas en faire, du moins partiellement, une habitude? Une façon d’être moins sur la route donc de produire moins de gaz à effet de serre et d’avoir plus de temps pour être avec nos proches.

La situation nous fait apprécier le rôle des scientifiques en santé publique pour endiguer la crise. Pourtant, lorsque les scientifiques nous avertissent que notre modèle de développement provoque des changements climatiques trop rapides, nous ne les écoutons pas. Ils nous répètent que si nous ne prenons pas de mesures rapides et efficaces pour diminuer notre production de CO2, les conséquences seront énormes mais nous demeurons sourds à leur appel. Nous continuons à augmenter l’exploitation du pétrole et du gaz au lieu de la diminuer et de nous tourner vers les énergies renouvelables.

Il ne faut pas être grand devin pour prédire que la situation actuelle provoquera une crise économique. Nos gouvernements auront des choix budgétaires à faire. Ils devront réexaminer l’ensemble des dépenses. Saurons-nous les inciter à tirer des leçons de cette crise et faire des choix différents?

Ou le vieux réflexe conservateur de simplement tenter de revenir à «la normale» le plus vite possible prendra-t-il le dessus? Allons-nous saisir cette opportunité et être innovateurs? Cela va demander d’avoir une vision et du courage politique. Est-ce que nous donnerons un sens à cette crise ou nous attendrons simplement la prochaine crise?

Et si ce sens était la solidarité?

Jean-François Aubin

Trois-Rivières