Doit-on pleurer sur eux?

Doit-on pleurer sur eux?

Un sondage récent nous apprenait que de jeunes anglophones menacent de quitter le Québec. La presse anglophone profite de l’occasion pour attaquer une fois de plus la loi 101, source de tous leurs maux, qu’ils ont encore au travers de la gorge malgré les innombrables amendements pour les accommoder depuis 40 ans.

Selon 51 % d’entre eux, ils seraient une minorité opprimée, même si 75 % sont heureux de vivre au Québec. C’est bien évident: ils savent qu’ils sont la minorité la plus choyée de la planète avec trois hôpitaux et deux universités à eux que même un bon nombre de francophones, qui ont compris l’importance de maîtriser les deux langues, fréquentent.

Combien d’anglophones oseraient fréquenter nos universités pour s’intégrer et accepter de découvrir notre culture? Ce serait difficile, car pour eux nos universités ne sont pas assez performantes pour des êtres supérieurs. Ceux qui chialent le plus contre la loi 101 sont des Québécois de souche qui méprisent le français et qui, bien qu’au Québec depuis des générations, ne veulent pas parler français et privent leurs enfants de l’apprendre et de travailler dans cette langue. Une aberration en soi.

Ces jeunes disent qu’ils ont de la difficulté à se trouver un bon emploi. On pourrait en dire autant. Pour citer Denise Bombardier: «Est-ce la faute des Québécois si un anglophone unilingue diplômé n’arrive pas à trouver facilement du travail ni dans la fonction publique ni dans le secteur privé? Les jeunes francophones, unilingues et aussi diplômés, sont également incapables de travailler dans des secteurs d’activité où le bilinguisme est obligatoire.» C’est aussi simple que ça! Il n’y a aucune discrimination envers ces pauvres enfants gâtés.

M. Couillard a déclaré qu’avec «la pénurie de main-d’œuvre qu’on connaît, on ne peut pas se permettre de perdre des Québécois». Pourtant, il ne s’est jamais inquiété que les jeunes francophones quittent le Québec en grand nombre depuis fort longtemps déjà pour aller travailler dans des provinces où les salaires sont meilleurs et l’impôt moins vorace. Et que dire des meilleurs cerveaux de nos universités que des chasseurs de têtes viennent chercher chaque année avec des offres mirobolantes d’emploi bien rémunéré.

Dans les faits, depuis l’élection du gouvernement de Philippe Couillard en 2014, plus de 13 500 personnes en moyenne quittent chaque année vers une autre province. Il ne faut pas s’inquiéter outre mesure de quelques centaines de départs qui seront vite comblés par l’arrivée massive de nouveaux arrivants (29 800 en moyenne par année depuis 2014) sans compter les résidents non permanents. Et ces bonnes gens, en grande majorité, apprendront d’abord l’anglais pour pouvoir dénicher un emploi ou travailleront tout simplement dans leur langue ou encore se mettront sur la liste de ceux qui profitent de nos généreuses mesures sociales.

Non je ne pleurerai pas sur leur départ, mais je ne m’en réjouirai pas pour autant. C’est tout simplement triste de constater que ces jeunes sont les victimes innocentes de parents entêtés qui n’ont jamais accepté d’être une minorité dans la seule province francophone au pays parce qu’ils sont d’abord et avant tout «canadians». Ils voudraient tellement qu’elle soit bilingue pour nous imposer à nouveau leur loi. Le Nouveau-Brunswick est une province bilingue et, jamais contents, un mouvement perpétuel d’anglophones se lève à intervalles réguliers pour demander la sécession.

Comme le disait un journaliste anglophone dont j’oublie le nom: «les Anglo-Québécois ont peur, à tort, de se noyer dans une baignoire de français.»

Gaston Bouffard

Shawinigan