Docteur Arruda, expliquez-moi SVP

OPINIONS / Nous avons appris la semaine dernière que les écoles primaires ne rouvriraient pas leurs portes avant le mois de septembre dans la région de Montréal. Il est même possible, selon le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge, que l’école reprenne «à temps partiel» à l’automne tout dépendant des instructions de l’INSPQ. Nous sommes plusieurs à ne pas comprendre que ce scénario soit envisagé.

Au début de la pandémie, nous ignorions plusieurs choses du coronavirus mais plus le temps avance et plus nous en apprenons sur la COVID-19. Nous savons maintenant que les enfants et les adolescents sont très peu symptomatiques lorsqu’ils attrapent le virus. En effet, selon une étude, 28 % des enfants n’ont pas de symptômes de la COVID-19 comparé à moins de 5 % pour la grippe saisonnière (influenza) et seulement 1 % à 5 % ont une atteinte sévère avec le coronavirus comparé à 19 % pour l’influenza.

L’influenza entraîne plusieurs décès chaque année chez les enfants, nettement plus qu’avec la COVID-19. Or, on ne ferme pas les écoles à chaque hiver en raison de la grippe! Vous me direz que c’est pour protéger les aînés; soit, mais encore une fois avec les données évoluant rapidement, celles-ci semblent montrer que les enfants et adolescents transmettent très peu le virus. Par exemple, une étude australienne s’est intéressée à 18 enfants, adolescents et membres du personnel d’écoles primaires et secondaires et sur les 863 contacts étroits (735 étudiants et 128 membres du personnel), seulement deux étudiants auraient possiblement attrapé le coronavirus.

Ces données sont très rassurantes mais la population ne semble pas au courant de ces données et reste dans la peur d’envoyer leurs enfants ou adolescents à l’école. De plus, en connaissant ces données, est-ce que la distance de 2 mètres entre les étudiants est réellement nécessaire dans le contexte où ils transmettent moins le virus que les adultes et que plusieurs adultes (coiffeurs, dentistes, centres d’esthétique, etc.) ne respecteront pas cette distance de 2 mètres dans leur travail à partir du 1er juin alors qu’ils sont plus à risque?

Il m’est très difficile de comprendre avec ces données pourquoi on prive les jeunes du secondaire d’un retour en classe actuellement et potentiellement en septembre tel que mentionné par le ministre de l’Éducation.

Aussi, Il est bien connu que les troubles anxieux et dépressifs ont augmenté chez les jeunes pendant la fermeture des écoles dans la province de Hubei en Chine pendant la pandémie. Les adolescents ont besoin de contacts avec leurs amis pour développer leur identité, leur autonomie et leur confiance en eux. Se retrouver seuls à la maison sans la stimulation de leurs professeurs et de leurs amis, sans la motivation de faire partie d’une équipe sportive ou de participer à des activités parascolaires pourrait augmenter le décrochage scolaire.

Le prix à payer pourrait être grand comme société si nous avons une génération avec un haut taux de décrochage scolaire et de troubles dépressifs. De plus, le non retour en classe en septembre à temps complet contribuerait à augmenter davantage les disparités entre les différentes classes sociales. Tous ces enjeux sont également de l’ordre de la santé publique.

Avec les données que nous connaissons, il semble clair qu’il y a nettement plus de bénéfices à retourner les élèves à l’école que de risques. Pourquoi hypothéquer une génération entière pour une maladie qui a très peu de risque pour eux ou de faire les choses à moitié (envoyer les enfants à l’école à temps partiel)? D’autant plus que les données indiquent que les adolescents transmettent moins le virus que des centaines de milliers d’adultes déjà déconfinés.

S’il vous plaît, expliquez-moi.

Anouk Tremblay

Trois-Rivières